Bonsoirrr
Eh non je ne suis pas encore morte ! Me revoilà (enfin) avec cette fic que je projette d'écrire depuis l'été dernier et qui va être une dinguerie suprême c'est moi qui vous le dit. Si vous avez lu Article 4 et que vous vous attendez à une fic très conne vous avez tout à fait raison. Mais ça sera pas la même ambiance parce qu'on va (vite fait) partir sur une intrigue un peu plus sérieuse (lol on y croit autant que la fois où j'ai dit que j'allais écrire une fic ushioi angst et que c'était du crack du début à la fin) eet c'est donc un OFFICE AU, mais vous verrez ça bien vite en lisant le chapitre.
Cette fic est sponsorisée par mon amour inconditionnel pour Oikawa Tooru, Daishou est une petite pute et n'oubliez pas de vous brosser les dents après avoir mangé des oignons. Il y aura (normalement) 13 chapitres donc si l'on s'en tient à mes calculs toujours très précis et à ma productivité nous aurons la joie de lire la fin d'ici 2027 !
Merci à Sherma83 et à Liuanne pour avoir relu ce chapitre, i'd be nothing without you, et évidemment merci à Thalilitwen pour son soutien et pour m'écouter lui raconter les conneries qui vont suivre dans cette fic, LOVE YOU et aussi à AsterRealm pour les WW et aussi au mec de la sécurité à l'entrée de mon école, t'es le meilleur Gégé change pas
Bonne lecture à vous, j'espère que ça vous plaira et longue vie au kuroshou
Don't Threaten Me With A Good Time
CHAPITRE 1
Daishou passa une main sur son visage avec toute l'exaspération du monde. Il avait beau y réfléchir, il était presque certain qu'il n'avait pas passé une journée aussi merdique depuis des années.
- N'y a-t-il rien que je puisse faire pour vous faire changer d'avis ? demanda Hiroo, d'un ton presque suppliant.
Daishou se retenait de lui arracher les oreilles une par une. C'était l'une des négociations les plus pitoyables auxquelles il lui avait été donné d'assister et elle était perdue d'avance. Ce n'était même pas la peine qu'il intervienne.
Après plusieurs minutes de débat infructueux avec leur client, Hiroo finit par capituler, lâchant une formule de politesse pour la forme avant de raccrocher.
- J'arrive pas à croire qu'ils lui aient proposé un meilleur taux que nous. Ils sont complètement fous. Notre offre était déjà bien –
- Hiroo, ils ont proposé un meilleur taux parce qu'ils peuvent se le permettre. Et si tu les avais fait signer plus tôt on en serait pas là.
- Il me fallait du temps pour réunir les papiers, protesta Hiroo.
- Peu importe, dit Daishou en se massant les tempes. On a perdu ce client, concentre-toi sur les autres. Et il vaudrait mieux que tu les gardes, ceux-là.
Hiroo sembla sur le point d'ajouter quelque chose, mais il se ravisa. Daishou en était ravi, car il n'y avait rien qu'il puisse dire pour se faire pardonner l'énorme perte qu'il venait de faire subir à leur banque et dont lui, son supérieur, allait devoir informer leur directeur général.
Ce genre d'incident pouvait arriver, et il y avait une limite à ce que lui, le responsable de ces opérations, était capable de contrôler. Cependant il savait très bien que son père ne l'entendrait pas de cette oreille.
Daishou regarda sa montre. Midi et cinquante-neuf minutes. Si ses calculs étaient bons…
Comme il l'avait deviné, un homme élancé et tiré à quatre épingles entra dans son bureau sans même se donner la peine de frapper.
- Je suis d'humeur à manger des sushis, qu'est-ce que t'en dis ? lança Oikawa en s'asseyant dans l'un des deux sièges en cuir qui faisaient face au bureau de Daishou.
- On y a été lundi, fit remarquer Daishou avec lassitude.
- Et alors ? Tu fais un régime ?
N'ayant que peu d'énergie à consacrer à un débat avec Oikawa, Daishou finit par hausser les épaules. Il avait passé une matinée si chaotique qu'il n'était même pas certain d'avoir envie de manger quoi que ce soit.
- Va pour les sushis.
Oikawa lui fit un clin d'œil.
- Je savais que tu n'étais pas mon collègue préféré pour rien.
- Oh, moi qui pensais que tu m'avais remplacé par Akaashi, ricana Daishou en enfilant son manteau.
Oikawa balaya sa réponse d'un geste.
- Pas possible. Akaashi ne voudrait jamais partager ses ragots avec moi autour d'un plateau de sushis.
- Ravi de savoir que je te suis encore utile à quelque chose.
- Évidemment, évidemment…
Daishou et Oikawa quittèrent le bureau et s'engagèrent dans le couloir tapissé de moquette verte du quarantième étage. Les portes en bois verni étaient toutes ornées de plaques dorées portant le nom et la fonction de chaque employé. Le son de leurs pas était efficacement feutré par la moquette et un silence flottait sur les lieux désertés par les employés partis en pause déjeuner.
Après être entré dans l'ascenseur, Oikawa pressa le bouton qui les emmènerait au rez-de-chaussée, puis procéda à l'inspection quotidienne de ses cheveux qui n'avaient pas bougé depuis le matin même et qui restaient parfaitement coiffés. Pour sa part, Daishou n'avait pas besoin de jeter un œil à son reflet pour savoir qu'il devait avoir une tête de déterré et un air encore plus blasé que d'ordinaire. Tant pis.
- Alors, lui demanda Oikawa une fois qu'ils furent attablés dans le restaurant qui faisait l'angle de l'avenue où la tour de la banque Nohebi était située. Qu'est-ce que t'as, on dirait que quelqu'un a vomi sur tes chaussures ce matin.
Daishou leva les yeux au ciel et termina le sashimi qu'il venait de saisir entre ses deux baguettes avant de répondre :
- Hiroo nous a fait perdre un gros client. Il a eu un meilleur taux ailleurs et tu peux être sûr que j'ai pas fini d'en entendre parler…
Oikawa grimaça.
- J'imagine que ça va pas plaire au patron, effectivement. Mais bon, les stats de Hiroo sont pas mauvaises, non ? Ça peut arriver.
- C'est pas ce qu'il aura envie d'entendre et tu le sais, rétorqua Daishou.
- Ouais, soupira Oikawa. Je sais.
Daishou reporta son attention sur son plateau. Oikawa essayait d'être compatissant, mais malgré toutes ses bonnes intentions ça n'était pas lui qui convaincrait son père de lâcher l'affaire quand il entendrait parler de la bourde de Hiroo. Il devrait sans doute se plier en quatre pour faire en sorte qu'il n'ait pas d'ennuis. Il avait beau avoir été stupide sur ce coup, Hiroo fournissait un travail excellent. Il manquait simplement de réactivité dans certains moments – surtout lorsqu'il était convaincu que l'affaire était dans la poche.
- Tu sais quoi, on devrait sortir boire un verre ce soir, proposa Oikawa.
- Je sais pas, marmonna Daishou. J'ai pas vraiment la tête à ça. A mon avis, j'aurai qu'une envie c'est de rentrer me coucher en sortant du bureau ce soir.
- Raison de plus, dit Oikawa. Allez, ça fait au moins mille ans.
Daishou leva les yeux au ciel.
- Oui, au moins.
- Tu vois ce que je veux dire. Allez, on a qu'à aller dans le même bar que l'autre fois, je sais que t'adores leurs cocktails.
- Un peu moins quand ils terminent sur le tapis de ma voiture parce que tu tiens pas l'alcool, rétorqua Daishou.
- C'était en troisième année de fac, tu vas me la ressortir à chaque fois ?
- Ma voiture s'en souvient encore, alors je vois pas pourquoi tu serais autorisé à l'oublier.
- T'es un enfoiré. Et j'insiste, on sort ce soir.
- On sort ce soir. imita Daishou du même ton suppliant. C'est toi qui n'a pas quitté la fac, en fait.
- Tu parles comme un vieux alors que t'as à peine vingt-sept balais, c'est à pleurer. Si tu continues, je vais proposer à Akaashi à ta place.
- Comme si t'avais déjà osé l'inviter à sortir ! s'étouffa Daishou. Je me fais pas de souci pour ça.
- C'est ça, moque-toi. Tu rigoleras moins quand on se mariera et que tu seras encore en train de regarder des émissions sur les loutres le samedi soir.
- On est jeudi soir, et je t'emmerde.
- Alors c'est réglé, rendez-vous à vingt-et-une heures au Rockwood.
- J'ai même pas dit oui, soupira Daishou en le regardant se lever pour aller régler l'addition, sourd à ses protestations.
Kuroo bâilla en regardant l'heure sur son portable pour ce qui devait être la centième fois depuis le début de la soirée. Bokuto lui avait donné rendez-vous à vingt heures et cela faisait plus d'une heure qu'il l'attendait. S'il n'avait pas été aussi impatient de revoir son meilleur ami, il lui aurait sans doute sèchement fait comprendre que la moindre des choses lorsque l'on proposait à quelqu'un d'aller boire un verre était d'arriver à l'heure.
Toutefois, Kuroo était de plutôt bonne humeur ce soir-là, et son agacement ne se fit sentir que par le pianotement distrait de ses ongles sur la table en bois précieux derrière laquelle il était installé, à la fenêtre de ce bar dont Bokuto lui avait vanté les mérites.
Il devait reconnaître que l'endroit ne manquait pas de charme, même s'il avait un instant pensé être au mauvais endroit lorsque le GPS de son portable l'avait mené devant l'enseigne sobre et élégante de l'établissement. Les fauteuils matelassés de velours étaient très confortables, il devait le reconnaître. On entendait à peine la course des véhicules sur le boulevard, derrière les épaisses vitres du bar, remplaçant ce bruit désagréable par les notes d'un morceau de jazz. D'aussi loin que Kuroo s'en souvenait, Bokuto avait toujours préféré les karaokés ou les bars noirs de monde où les clients à moitié ivres hurlaient devant un match de foot diffusé sur des écrans bon marché.
Mais tout comme lui, son meilleur ami avait sans doute changé depuis qu'ils avaient quitté la fac. Et puis Bokuto avait bien raison de profiter de son salaire de joueur de volley professionnel pour aller dans des endroits aussi chers et chics que celui-ci. Ils s'étaient revus aussi souvent que leurs emplois du temps chargés le leur permettaient, mais le poste précédent de Kuroo à Osaka ne lui avait pas laissé énormément de champ libre pour des virées à Tokyo en compagnie de son meilleur ami. Toutefois, les choses étaient différentes désormais. Il débordait d'enthousiasme à l'idée de commencer son nouveau travail le lendemain, et ces retrouvailles avec Bokuto n'étaient que le début de cette nouvelle période de sa vie. Son nouvel appartement était bien plus spacieux et agréable que l'ancien, et il avait bon espoir que son nouvel emploi le comble tout autant.
En somme, tout allait bien dans le meilleur des mondes, si on oubliait le fait que Bokuto le faisait attendre depuis une heure et qu'il était complètement injoignable. Il avait même pensé s'être trompé d'endroit, mais après vérification il avait dû se rendre à l'évidence : son meilleur ami était toujours aussi peu ponctuel. S'il s'agissait de n'importe qui d'autre que Bokuto, Kuroo aurait fini par s'inquiéter, mais il le connaissait par cœur. Il perdait son téléphone cinq fois par jour, ne pensait à emporter son chargeur qu'une fois sur cent et il avait la fâcheuse manie de faire des plans sur la comète sans se demander s'il était effectivement libre ce soir-là. Pour autant qu'il en sache, Bokuto était peut-être retenu à un entraînement qui lui était totalement sorti de l'esprit, ou alors il avait même oublié leur rendez-vous – ce qui était possible, mais franchement vexant pour Kuroo, étant donné qu'il ne l'avait pas vu depuis plus de trois mois.
Kuroo posa son menton dans la paume de sa main, réprimant un autre soupir de lassitude. Son regard se promena au hasard sur le bar qui l'entourait, cherchant une quelconque distraction à son attente morne et ennuyeuse. L'endroit n'était ni désert ni vraiment rempli : sur la vingtaine de tables qu'il pouvait accueillir, environ la moitié était occupée par des clients en costumes sombres qui discutaient à voix basse, laissant parfois échapper un éclat de rire où une exclamation de surprise au détour d'une conversation. Un groupe de femmes en robe de soirée bavardaient avec enthousiasme autour du long bar en bois précieux qui trônait au milieu de la pièce. Kuroo se fit la réflexion que s'il avait su dans quel genre d'endroit Bokuto comptait l'amener, il aurait troqué sa veste en cuir préférée contre un manteau un peu plus élégant. Ceci dit, il avait au moins eu la présence d'esprit de mettre une belle chemise et non pas un t-shirt, donc tout n'était pas perdu.
Kuroo se tourna instinctivement vers la porte d'entrée en l'entendant s'ouvrir, espérant enfin apercevoir la coiffure ridicule de son meilleur ami. Dire qu'il était déçu en constatant que ce n'était pas le cas aurait été légèrement exagéré. Ça n'était peut-être pas Bokuto, mais on ne pouvait pas dire que la personne qui venait d'entrer avait la coiffure la plus conventionnelle. Les reflets ambrés projetés par les lustres du bar pouvaient donner l'illusion que ses cheveux étaient d'un châtain sombre, mais il suffit de quelques secondes à Kuroo pour se rendre compte qu'ils étaient bel et bien d'une nuance énigmatique de vert. Peignés sur le côté au centimètre près, des cheveux de cette couleur ne lui donnaient pas l'air aussi excentrique qu'elle aurait pu l'être sur quelqu'un d'autre. Son costume noir à fines rayures vertes, probablement fait sur mesure, respirait l'élégance. Sûrement un avocat.
Kuroo devait le fixer depuis un peu trop longtemps, car l'homme arqua un sourcil avant de prendre place à la table en face de la sienne.
Il reporta son attention sur son verre résolument vide – il avait commandé un premier verre de saké une demi-heure plus tôt, et attendait Bokuto depuis.
La curiosité de Kuroo finit par avoir raison de lui, car son regard glissa à nouveau vers l'homme assis à quelques mètres de lui. Il s'était laissé tomber dans le fauteuil avec lassitude, un soupir au bord des lèvres. Finalement, il sortit un téléphone recouvert d'une protection en cuir et jeta un œil à son écran. Ce qu'il y lut parut ne pas le satisfaire, car il le rangea sèchement dans sa poche.
Un nouveau coup d'œil à son propre portable apprit à Kuroo qu'il était vingt et une heures et quart. Toujours aucun signe de Bokuto.
De plus en plus rongé par l'ennui, Kuroo décida de se commander un autre verre de saké, bien décidé à ne pas se laisser déprimer devant un verre vide. Lorsqu'un serveur passa près de lui, il lui indiqua l'un des vins français proposés sur la carte. Mais avant que ce dernier ait pu noter quoi que ce soit sur son calepin, l'homme qui avait retenu l'attention de Kuroo en entrant dans le bar quelques minutes plus tôt se leva pour s'adresser à eux.
- Si j'étais toi, lança-t-il à Kuroo. Je ne commanderai pas celui-là.
Un pli offusqué apparut sur le front du serveur.
- Si je peux me permettre, Monsieur…
Ce dernier le fit taire d'un geste de la main, comme s'il cherchait à éloigner un insecte.
- Ce n'était pas à vous que je parlais.
Kuroo fronça les sourcils devant cette remarque acerbe, mais sa curiosité l'emporta sur sa sympathie pour ce pauvre serveur.
- Pourquoi donc ?
- Parce qu'il est dégueulasse, tout simplement.
Un sourire échappa à Kuroo devant cette réponse aussi franche que le serveur avait l'air choqué.
- Et qu'est-ce que tu recommanderais à la place ?
Il lui indiqua un autre vin sur la carte, nullement gêné par le fait que celle-ci soit à l'envers. Il devait bien la connaître.
- Celui-là.
- Un vin japonais ? Je n'y connais pas grand-chose, mais ça ne me dit rien.
- Et c'est justement l'erreur que font tous ceux qui n'y connaissent rien. Ce vin, le Koshu est l'un des plus consommés du pays. Il est appelé « le vin des pluies » parce qu'il est cultivé sous des pergolas au pied du Mont Fuji. D'ailleurs, le raisin utilisé pour la fabrication du Koshu est très bien adapté au climat, sa peau est par exemple plus épaisse que celle d'autres cépages, pour mieux résister aux pluies abondantes.
Kuroo hocha la tête d'un air impressionné, bien qu'il se moquait éperdument de cette histoire de raisin. En revanche, celui qui avait prononcé ces mots avait piqué son intérêt.
- Je dois admettre que c'est… intrigant.
L'homme hocha la tête avant de prendre place sur la banquette en face de Kuroo.
- Amenez-en une bouteille, dit-il au serveur en lui tendant sa carte.
Ce dernier sembla ravi de pouvoir déguerpir et la saisit d'un air pincé.
Kuroo le regarda s'éloigner, un peu désorienté par la scène qui venait de se dérouler devant ses yeux. Pourquoi cet inconnu s'était-il soudainement décidé à venir s'asseoir en face de lui, puis à faire des commentaires sur ce qu'il avait commandé ?
Tout ça n'avait que très peu de sens, mais en relevant les yeux vers lui Kuroo songea avec lassitude qu'il avait attendu Bokuto assez longtemps et que quoi qu'il advienne, sa soirée ne pouvait pas se terminer plus mal qu'elle avait commencé.
- Daishou Suguru, se présenta enfin l'inconnu en lui tendant sa main. Je ne t'ai jamais vu ici.
Kuroo garda sa main dans la sienne une seconde ou deux de plus que ce qui aurait été raisonnable.
- Kuroo Tetsurou. Et c'est la première fois que je viens.
- Et qu'est-ce que tu fais ici tout seul, Kuroo ? Ton rencard t'a posé un lapin ?
Kuroo secoua la tête.
- Pire, mon meilleur ami a oublié qu'on avait rendez-vous. Et toi ?
Daishou poussa un soupir dramatique.
- C'est un peu la même chose, en fait. Je suis sûr qu'il croule juste sous le travail, mais comme il a insisté toute la journée pour qu'on se retrouve ce soir j'ai du mal à compatir.
- C'est terrible. Mais bon, je peux servir de lot de consolation.
- Je n'en doute pas.
Kuroo aurait beau essayer, il lui serait impossible de se souvenir de tout ce dont Daishou et lui avaient parlé, ce qu'il trouvait totalement absurde, car ils avaient parlé pendant des heures. Il se souvenait seulement d'avoir répliqué, rétorqué une réponse à tout ce qu'il pouvait bien dire parce qu'il était hors de question qu'il lui laisse avoir le dernier mot. Il se souvenait aussi de sourires qui dégageaient une chaleur qu'il ne pouvait pas vraiment expliquer, au fur et à mesure qu'ils continuer à discuter jusqu'à ce que la bouteille de ce vin si délicieux soit terminée.
Il se remémorait vaguement avoir parlé de Bokuto et de sa carrière à Daishou, et qu'en retour il lui avait parlé de son ami Oikawa qui était globalement un enquiquineur de la pire espèce, mais qu'il avait tout de même l'air de fréquenter une bonne partie de son temps.
Il revoyait également avec plus ou moins de clarté qu'il lui avait été de plus en plus difficile d'ignorer à quel point il se sentait attiré par lui, qu'il s'était ordonné de rester raisonnable et de garder ses distances, mais il était rapidement devenu évident que c'était la dernière chose que Daishou voulait qu'il fasse.
Ça n'était pas quelque chose auquel il était habitué, mais il ne pouvait pas nier s'être figé pour le contempler à l'instant où il avait franchi l'entrée du bar, il ne pouvait pas faire semblant de ne pas avoir regardé ses lèvres une centaine de fois en l'espace d'une soirée, avec l'espoir à peine voilé d'y goûter le vin qu'ils avaient partagé.
Kuroo savait très bien que continuer sur cette voie était une mauvaise idée, mais il lui semblait que la dernière fois qu'il avait passé un aussi bon moment avec quelqu'un remontait à une éternité, et il n'était pas tout à fait prêt à ce qu'il prenne fin.
Était-ce pour cette raison que les aventures d'un soir plaisaient tant à certaines personnes ? Parce qu'il leur suffisait de saisir cette occasion, cette unique nuit où il n'auraient pas à savoir quoi que ce soit sur cet inconnu, seulement ce que cette personne était prête à montrer ?
Peut-être était-ce pour cette raison qu'il ignora le frisson d'appréhension qui ne s'était pas tout à fait délogé de son esprit et qu'il se décida à rejoindre Daishou.
En descendant l'escalier qui menait aux toilettes, Kuroo se tint à la balustrade plus par souci de se raccrocher à quelque chose de tangible que par réel besoin de stabilité – il n'avait pas tant bu que ça, juste assez pour ignorer son bon sens qui lui criait de faire demi-tour.
- Pendant un instant, j'ai cru que t'étais parti, commenta Daishou en examinant ses ongles, nonchalamment appuyé contre les lavabos en marbre – ou était-ce de l'émail ? Kuroo n'était vraiment plus en mesure de le dire.
- Ah oui ? dit-il en arquant un sourcil, s'efforçant d'avoir l'air plus détendu qu'il ne l'était en réalité, alors que l'anticipation de ce qui suivrait tordait son estomac sous l'effet de l'angoisse.
Daishou secoua la tête avec un sourire.
- Non, j'avais pas le moindre doute là-dessus, en fait.
Étrangement, malgré le flou qui entourait la plupart de ses souvenirs et les mélangeait dans le mauvais ordre, Kuroo se souvenait très bien de la façon dont Daishou l'avait embrassé, du contact froid de sa montre hors de prix contre sa gorge lorsqu'il avait pris son visage entre ses mains, et du goût du vin encore plus hors de prix contre ses lèvres. Un sourire lui avait échappé, peut être même deux, et il avait fermé les yeux alors qu'ils s'embrassaient encore une fois, trois fois, et puis Daishou lui avait mordu la lèvre inférieure et il avait totalement perdu le compte.
Kuroo se souvenait vaguement l'avoir poussé contre le mur et lui avoir rendu ses baisers comme si sa vie en dépendait, à peine capable de croire qu'il s'était laissé aller à ce genre de chose avec un parfait inconnu.
Et puis Daishou avait murmuré quelque chose dans le creux de son oreille, quelque chose à propos de son appartement et d'un taxi, et Kuroo avait essayé – une ou deux secondes – de former une phrase cohérente, mais la façon dont Daishou l'avait embrassé dans le cou avait rendu son processus de réflexion bien plus compliqué que d'habitude.
- Je peux pas, avait-il murmuré. C'est impossible que je sois en retard au boulot demain, je –
- Je n'habite pas très loin d'ici, avait répondu Daishou.
- J'aimerais vraiment dire oui, mais je peux pas prendre le risque de me faire virer, avait soupiré Kuroo.
Le front posé contre le sien, Daishou avait parlé si bas que sa voix s'était réduire a un murmure.
- Reste avec moi.
- Je peux vraiment pas, c'est –
Daishou avait plissé les yeux avant même qu'il ne termine sa phrase et il avait à peine amorcé un geste pour tourner les talons que Kuroo l'avait rattrapé. Il l'attira à nouveau à lui, les mains posées sur ses hanches, et l'embrassa aussi longuement qu'il en avait eu envie depuis le début de la soirée. Il devenait de plus en plus évident qu'il était incapable de lui résister.
- C'est pas ce que j'appelle être sérieux, murmura Daishou d'une voix rauque, une poignée de minutes plus tard.
- Partons d'ici avant que je décide d'être raisonnable, avait répondu Kuroo.
Après ça, les souvenirs de Kuroo devenaient de plus en plus confus et de moins en moins dignes de confiance. Ils étaient passés comme si de rien n'était devant le barman qui n'avait sans doute pas été dupe, ils étaient montés dans le premier taxi garé sur le boulevard et à la seconde où ils en étaient sortis, ils s'étaient à nouveau embrassés dans l'ascenseur.
- J'ai jamais fait ça avec un parfait inconnu, lui avait avoué Kuroo entre deux baisers, allongé sur le lit de Daishou.
Ce dernier lui avait souri et s'était penché pour murmurer dans son oreille :
- Tant que tu tombes pas amoureux de moi, tout se passera bien.
- Ça risque pas, avait ricané Kuroo. Ces choix en matière de meubles c'est vraiment pas possible.
- C'est vintage. Pas comme ta coiffure, je crois que ça a jamais été fait avant et c'était pas plus mal quand ça n'existait pas.
- Dit celui qui a les cheveux verts. Comment tu peux aller au travail comme ça ?
- Et si on ne parlait pas de travail ? proposa Daishou.
- Ouais, t'as pas tort.
Kuroo se souvenait de détails divers.
Il se souvenait sans avoir besoin d'y réfléchir de la façon dont Daishou avait planté ses ongles dans son dos, et il pouvait presque encore l'entendre soupirer son nom.
Il avait été à peu près sûr d'une chose, cette nuit-là : son réveil serait compliqué, mais rien ne lui ferait regretter d'avoir suivi Daishou jusque chez lui.
Daishou se rendit au travail de bien meilleure humeur que la veille. Il aurait bien dormi quelques heures de plus, mais certains sacrifices en valaient la peine. Lorsque les portes vitrées de la banque Nohebi s'ouvrirent pour le laisser passer, il réprima un bâillement et traversa le grand hall soutenu par des colonnes de marbre et passa devant Sugawara, le réceptionniste.
Ce dernier n'avait beau être là seulement depuis deux ans, il savait tout ce qu'il y avait à savoir sur absolument tous les collaborateurs de la boîte. Toutefois Daishou n'était pas un amateur : pas un pli ne dépassait de son costume et ses cheveux étaient parfaitement coiffés. Daishou évita tout de même soigneusement son regard. Il ne verrait rien, mais on ne pouvait jamais être trop prudent.
Une fois en sécurité dans l'ascenseur, Daishou s'adossa au miroir et laissa son café fumant lui réchauffer les mains. Il put profiter du silence pendant une dizaine d'étages, puis les portes s'ouvrirent sur un visage familier.
Oikawa s'engouffra à l'intérieur l'air pressé et contrarié. Il lui fallut bien deux étages de plus avant de remarquer la présence de Daishou, qui se contentait de boire son café en posant un œil perplexe sur lui.
- Ah mais t'es là toi ?
- De toute évidence, tu m'avais aussi oublié hier soir.
Oikawa se frappa le front.
- Je suis vraiment désolé ! T'as pas eu mon texto ?
- Celui de vingt-trois heures ? Je dormais déjà.
C'était un mensonge éhonté, mais Oikawa n'avait nullement besoin de le savoir. Daishou avait lu son message en sortant de sa douche il y a approximativement quarante minutes.
- J'ai dû rester trois heures au téléphone avec un client chinois, se plaignit Oikawa. J'ai cru que j'allais me jeter par la fenêtre. Vraiment je suis désolé, tu m'as attendu longtemps ?
- Une éternité, soupira Daishou avant de prendre une nouvelle gorgée de son café.
Oikawa arqua un sourcil suspicieux, loin de se répandre plus longtemps en excuses.
- Si t'es si énervé contre moi pourquoi t'as l'air d'aussi bonne humeur ?
Daishou grimaça. Il oubliait parfois qu'Oikawa le connaissait par cœur, et cela depuis des années contrairement à Sugawara. Il avait été imprudent.
- La journée ne fait que commencer, grommela-t-il en s'efforçant d'adopter une mine renfrognée.
Oikawa regarda sa montre.
- Il est déjà neuf heures quand même.
- Ouais, et tu m'invites à déjeuner dans trois heures.
- J'imagine que je te dois bien ça.
- Tout juste.
L'ascenseur s'ouvrit à l'étage où descendait Daishou et il fit un signe de tête à Oikawa.
- Bon, à plus.
- C'est ça.
Daishou quitta l'ascenseur et se rendit tranquillement dans son bureau, où une pile de dossiers l'attendait. Il prit place dans son fauteuil en cuir et le fit pivoter jusqu'à ce qu'il soit tourné vers la baie vitrée. Les tours de Tokyo étaient nimbées d'un brouillard grisâtre en ce milieu de matinée d'hiver, mais ça n'en était pas encore assez pour saper le moral de Daishou. Oikawa avait raison, il allait falloir qu'il se ressaisisse, ou les gens finiraient par trouver sa bonne humeur plus que louche.
Il n'y pouvait pas grand-chose si le simple fait de se remémorer sa soirée suffisait à lui arracher au moins le quart d'un sourire. Il aurait presque pu le rappeler. Presque. Même s'il lui avait demandé son numéro à Kuroo – ce qui n'était pas le cas – ça n'était pas dans ses habitudes et il ne comptait pas en changer. Même s'il avait carrément pris son pied.
C'était ce qui faisait tout le charme de la chose, après tout.
Daishou ouvrit son agenda électronique en réprimant un bâillement afin de se préparer pour cette journée de travail qui allait sûrement être aussi désagréable que la dernière. Il lui tardait de s'affaler sur son lit le vendredi soir et de ne pas se relever avant la prochaine décennie.
Un créneau d'une demi-heure attira son attention. Il avait complètement oublié la réunion de bienvenue qui avait lieu dans une dizaine de minutes. Le service finance avait recruté un nouvel analyste et il était convié à cette charmante réunion dans le but de lui souhaiter la bienvenue. Il s'ennuyait d'avance, mais il y avait de grandes chances qu'il y ait des petits fours. Cela lui donnerait une excuse pour s'empiffrer et échanger des commentaires désobligeants avec Oikawa pour juger le nouvel employé de la banque Nohebi comme il se devait.
Évidemment il devrait lui serrer la main sous l'œil de son père, le directeur de la banque. Quel genre de fils indigne serait-il s'il ne souhaitait pas convenablement la bienvenue aux nouveaux arrivants, après tout ?
Daishou se leva de sa chaise à grand regret et se rendit d'un pas tranquille vers l'ascenseur.
Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur la salle de conférence du trente-septième étage, il manquait la plupart du service commercial. Se rendant compte qu'il était sans doute un peu trop en avance, Daishou décida d'aller saluer Mika et Kiyoko, qui se tenaient près du buffet qui constituait sa principale motivation à venir à cette réunion.
- Kiyoko-san, Mika-chan.
- Salut Daishou ! répondit Mika avec un sourire. T'as une tête de déterré.
- Toi aussi tu es radieuse, merci du compliment. Ça se voit tant que ça, Kiyoko ?
Celle-ci pinça légèrement les lèvres puis lui sourit d'un air conciliant.
- Disons que ça se voit que t'as pas beaucoup dormi.
Daishou soupira.
- J'ai eu quelques dossiers… compliqués à gérer, hier soir. Ça m'a pas aidé à m'endormir.
Évidemment, Daishou n'avait pas le moindre scrupule à rejeter la faute sur Hiroo pour couvrir sa nuit de débauche.
- Rien de grave, j'espère ? dit Kiyoko en arquant un sourcil.
- Non, rien qu'on ne puisse pas compenser heureusement, se reprit Daishou avec un sourire. Il ne saurait en être autrement après tout.
- Mais pour ça faut dormir la nuit, le taquina Mika.
- Ouais, ouais j'ai compris.
Oikawa choisit ce moment précis pour s'avancer vers eux, suivi par Akaashi. Daishou les regarder arriver avec une lueur d'amusement dans le regard.
- Bon, il arrive le nouveau, qu'on puisse se goinfrer ? lança Oikawa.
Kiyoko secoua la tête d'un air dépité et Oikawa lui fit un clin d'œil.
- Je plaisante. Évidemment j'ai hâte de rencontrer ce charmant jeune homme, dit-il en se frottant les mains. Est-ce qu'il y a des rituels d'intégration de prévus ?
- Pas du tout, la dernière fois que tu t'en es chargé on a dû évacuer le bâtiment.
- Tu dis ça, Kiyoko, mais je suis sûr que je vous manque à tous au service recrutement.
- Si tu savais, répondit-elle en relevant ses lunettes sur son nez.
Daishou aurait bien écouté cet échange des plus passionnants pendant quelques heures de plus, mais les regards de toute l'assemblée se braquèrent au fur et à mesure vers l'entrée de la pièce, où le directeur de la banque venait de faire son apparition.
Jun Daishou serra quelques mains avant de prendre la parole. Daishou ne discernait toujours pas le nouveau, mais il faisait sans aucun doute partie des personnes qui suivaient son père.
- Paraît qu'il est beau gosse, lâcha Mika. J'espère que c'est vrai.
- Pas tant que ça, dit Kiyoko.
Oikawa s'étouffa avec le mini four qu'il venait de subtiliser dans la plus grande discrétion.
- Ça, c'est dit.
- Suga m'a dit qu'il lui mettait au moins 7 sur 10.
- 6, pas plus, ajouta Kiyoko.
Daishou croisa les bras. Il lui tardait de s'en faire sa propre idée.
Il remarqua d'abord que le nouveau était plus grand que la plupart des gens présents. Lorsqu'il avisa ses cheveux hirsutes à travers la foule, il plissa les yeux.
Sans réfléchir, il agrippa la manche de la veste de Mika.
- T'as dit qu'il s'appelait comment ?
Mika eut à peine le temps d'ouvrir la bouche pour répondre que les gens qui obstruaient la vue de Daishou s'écartèrent au fur et à mesure que le nouveau leur serrait la main.
Daishou n'avait plus besoin de son nom. Il aurait reconnu cette silhouette, cette coiffure, ce visage… et aussi ces mains entre mille.
- … Kuroo Tetsurou, enchanté de vous rencontrer.
oh shit
j'espère que ça vous a plu
AELI
PS : j'écris plus vite si on me laisse des reviews, incroyable mais vrai, kiss kiss

11