One-shot écrit dans le cadre de la cent-vingtième nuit d'écriture du FoF (Forum Francophone), sur le thème "Hameçon". Entre 21h et 4h du matin, un thème par heure et autant de temps pour écrire un texte sur ce thème. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP !
100% série de 2005 pour la réaction de Hugh dans la dernière scène où il apparaît.
Hugh n'était pas bavard d'habitude, mais là, il n'avait pas ouvert la bouche depuis plusieurs jours. Une espèce de colère sourde, énorme, l'avait pris depuis qu'Édouard et lui s'étaient retrouvés contraints de fuir le château à cause de l'arrivée imminente d'Isabelle. Il était en colère contre son amant pour avoir fait preuve d'autant de mollesse, pour ne pas avoir senti que ça risquait d'arriver, pour ne pas savoir se faire obéir de ses propres barons ! Alors, bien sûr, cette histoire était très largement de la faute de Hugh. Mais le courtisan refusait de l'admettre.
En chemise dans la forêt terreuse et humide, il avait arpenté les parties les moins boisées pour dénicher des lombrics et autres vers afin de s'en servir comme appâts de pêche. Ils étaient seuls, désormais, Édouard et lui, et ils avaient besoin de se nourrir. Heureusement, le roi déchu, s'il n'avait aucune aptitude pour la gestion ou la politique, savait très bien se servir de ses mains, ce qui pouvait forcer l'admiration quand on était pourvu d'une telle maladresse. Mais il avait passé tellement de temps avec les artisans, maçons, pêcheurs, laboureurs de son peuple, qu'il appréciait tellement plus que les nobles orgueilleux, qu'il connaissait tous les rudiments de leurs arts. Il avait donc confectionné des hameçons avec ce qu'ils avaient pu trouver de cassé ou d'abandonné sur leur route. Et ça faisait plusieurs heures qu'il pêchait, assis dans la terre humide au bord du petit lac.
Hugh revint vers lui en tenant une pleine poignée de ces vers dégoûtants qui se tortillaient entre ses doigts et les couvraient de terre.
"Merci, lui dit Édouard en prenant les appâts, et il leva vers lui un regard suppliant."
Hugh, comme les autres jours, lui lança un regard glacial et s'essuya les mains sur son pantalon. Puis, il s'assit à côté de lui, pas trop loin mais pas trop près non plus, et fixa obstinément l'autre berge du lac.
"Hugh, tu pourrais me parler, le supplia Édouard d'un air malheureux. Ce n'est pas de ma faute s'ils se sont tous laissés embobiner par ce serpent de Mortimer et cette garce d'Isabelle !"
Le courtisan ne répondit pas et ne lui fit pas l'aumône d'un regard. Il était tellement en colère d'avoir tout perdu, de devoir vivre sur les routes et dans les forêts comme un mendiant, et risquer à tout moment une mort atroce, si jamais on les rattrapait. Il était responsable, mais c'était bien plus facile de faire du mal à son amant plutôt que contempler ses propres erreurs. Surtout qu'Édouard ne se décourageait jamais pour essayer de le faire parler, et que ses yeux remplis de tristesse et de supplications commençaient à l'énerver de plus en plus. Il savait qu'il aurait très bien pu se séparer de l'ancien roi dès maintenant et le laisser se débrouiller, mais... eh bien, il ne parvenait pas à s'y résoudre, sans savoir pourquoi.
"Hugh, je t'aime, insista Édouard en essayant de tendre la main vers lui. S'il te plaît."
Froidement, le Despenser se dégagea et se remit sur ses pieds. Édouard ne voulait pas lâcher l'affaire ? Fort bien ! Il pouvait très bien aller ailleurs pour avoir un peu la paix !
Le courtisan abandonna son amant et brossa la terre de son pantalon, puis il se détourna pour rejoindre le couvert des arbres où ils avaient laissé leurs maigres affaires. Cependant, en jetant un coup d'oeil en arrière pour regarder les prises qu'Édouard avait faites, il aperçut une forme sinueuse qui se coulait près de la berge. Il fronça les sourcils, et là, son sang se figea dans ses veines.
C'était un serpent qui sortait de l'eau près de la cheville de l'ancien roi, largement exposée par ses chausses qu'il avait retroussées pour patauger plus aisément dans la terre. Avant que Hugh ait le temps de le prévenir, Édouard bougea brusquement la jambe, effrayant l'animal qui bondit et lui mordit la cheville.
"Édouard ! cria le Despenser en même temps que son amant poussait un couinement de surprise et de douleur."
Il se précipita vers le roi et écarta le serpent d'un coup de pied, lequel siffla dans sa direction et retourna se réfugier dans le lac.
"Édouard, Édouard, bégaya le jeune homme en agrippant son amant par sa tunique, est-ce que... est-ce que...
-Elle m'a mordu, grimaça le souverain en tournant sa cheville pour examiner la morsure. Je vais aller chercher...
-Non, reste là."
Plantant là un Édouard stupéfait, Hugh se releva pour courir vers les arbres et sortir un morceau de tissu de leurs maigres bagages, avant de revenir vers son amant et de lui bander la cheville. Les mains tremblantes, il fixait la morsure sanguinolente, tous les sentiments d'inquiétude et d'amour qu'il pouvait ressentir pour l'ancien roi revenant le frapper. Il se sentait tellement stupide, d'un seul coup, qu'il n'en aurait pas fallu davantage pour qu'il se mette à pleurer.
"Hugh, ne t'inquiète pas, murmura l'ancien roi qui avait vu les larmes dans ses yeux. Ce n'était qu'une couleuvre.
-Pardon ?"
Le courtisan redressa la tête et fixa son amant, hagard. Et avant qu'Édouard puisse poursuivre, ou que Hugh se souvienne qu'il avait décidé de le détester, il se jeta sur lui pour l'embrasser. Ça faisait tellement de bien de retrouver le réconfort et la douceur des lèvres de son amant qu'il se sentit encore plus stupide.
"J'ai eu tellement peur pour toi, murmura-t-il en prenant son visage dans ses mains. J'ai cru qu'elle t'avait empoisonné...
-Tu n'es plus... tu n'es plus... fâché ?
-Chut..."
Hugh l'embrassa encore. Il avait été stupide. Tellement, tellement stupide.