One-shot écrit dans le cadre de la cent-quinzième nuit d'écriture du FoF (Forum Francophone), sur le thème "Partir". Entre 21h et 4h du matin, un thème par heure et autant de temps pour écrire un texte sur ce thème. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP !


En moins d'une heure, les chevaux furent sortis, harnachés et prêts à partir. Il n'y avait pas de temps à perdre, si Hugues Despenser le Jeune et son père voulaient pouvoir quitter le château à temps. Les rebelles ne devaient surtout pas parvenir à les coincer et à leur mettre la main dessus. Sinon, Dieu seul savait ce qui leur arriverait !

"Fais bonne route, mon aimé, dit Édouard à contrecœur tandis que Hugues rejoignait sa monture. Je tâcherai de convaincre ces misérables rebelles de cesser leur petit soulèvement et de ramener le calme dans notre royaume.

-Tu sais pourtant bien ce qu'ils exigent en échange de la tranquillité, mon Édouard, soupira le favori en ne craignant pas, cette fois, de s'approcher de son amant jusqu'à ce que leurs bouches se touchent presque. Notre tête, à mon père et moi.

-Je ne les laisserai pas faire, promit le roi en écartant d'une caresse les cheveux noirs qui tombaient sur la paupière de Hugues. S'ils croient qu'un misérable soulèvement armé va me séparer de toi, ils se fourvoient lourdement."

Hugues sourit. Il aimait son roi. L'idée de partir lui brisait le coeur -d'ailleurs, malgré le danger que représentait la fronde des barons, il avait d'abord refusé de partir. Il ne voulait pas être séparé de son amant. Cependant, Édouard avait raison. Lancastre et les autres étaient des enragés. Ils voulaient son renvoi, si ce n'était sa tête, et Hugues non plus ne donnait pas cher de leur peau, à son père et lui, s'ils se trouvaient encore au château pendant l'assaut des insurgés.

"Fais bien attention à toi, prévint-il tout de même son royal amant. Il n'y a pas qu'à moi qu'ils en veulent. Tu as, toi aussi, besoin d'être remis dans le droit chemin si l'on en croit leurs dires.

-Ne te tourmente pas pour moi, répliqua Édouard avec un mouvement de bras dédaigneux, en entrainant de l'autre son amant à l'écart pour les cacher plus discrètement à la vue des palefreniers et courtisans qui se tenaient là. Je suis source de toute légitimité. Ils n'oseront pas s'en prendre à ma personne.

-Puisses-tu dire vrai, mon Édouard. Promets-moi quand même d'être prudent.

-Je t'en fais le serment, mon doux ami. Tant que tu me jures de l'être aussi.

-Évidemment. Je ne suis pas pressé que la mort m'enlève à ton affection."

Les deux hommes s'embrassèrent comme si le monde en dépendait. Ils ignoraient combien de temps ils allaient passer sans se voir. Ils ignoraient même, au fond, s'ils allaient se revoir un jour. Ils l'espéraient de toute leur âme, en tout cas.

À la faveur d'un baiser plus long et plus passionné que les autres, Édouard s'écarta pour reprendre un peu son souffle et il remarqua, qui passait non loin dans un froissement de robe, Lady Despenser, la femme de son amant. Elle aussi rentrait avec son mari et son beau-père, évidemment. Et Hugues, contrairement à lui, n'éprouvait pas d'animosité envers son épouse. Il savait que son amant profiterait bien volontiers des bras d'Éléonore pendant qu'ils seraient séparés. Il se détourna, maussade.

"Édouard, tu sais bien que tu es le seul que j'aime vraiment, lui rappela Hugues, qui avait vu son regard. Mon coeur t'appartient, et ça n'est pas près de changer.

-Je t'aime aussi, mon tendre Hugues. Mais il n'est pas dit que je n'éprouverai pas le besoin de combler ton absence dans d'autres bras ! Les caresses charnelles sont un trop grand trésor pour qu'on puisse s'en priver...

-Je le sais, Édouard. Et je sais aussi que c'est dans les bras d'autres hommes que tu trouveras ton bonheur. Tu vois, de nous deux, je suis bien le seul à avoir le droit d'être jaloux !

-Tu n'as pas besoin de l'être. Toi aussi, tu es le seul homme que j'aime vraiment. Le seul, Hugues. Je n'en aimerai jamais d'autres que toi."

Édouard et Hugues s'embrassèrent encore. Ils seraient bien restés là des heures, mais le moment de partir était venu.

"Adieu, mon doux Hugues, soupira le roi lorsque son amant monta en scelle. Fais bien attention à toi.

-Porte-toi bien, mon aimé, répondit Hugues qui tenait toujours sa main. Puisse Dieu nous réunir encore un jour prochain.

-Je l'espère de tout coeur."

Après un dernier long regard à son amant, Hugues éperonna sa monture et leurs mains se délièrent. Il eut tôt fait de disparaître à l'horizon. Édouard le regarda partir, le coeur lourd. Son amant lui manquait déjà.

"Sire mon frère, je pense que vous devriez rentrer, suggéra quelqu'un en lui posant une main sur l'épaule.

-J'arrive, Kent, répondit le roi en jetant à peine un coup d'oeil à son demi-frère. Dites à Messire Orleton de se tenir prêt. Il y a des choses importantes dont nous devons discuter."