Fleur - 133 mots
Alips avait fièrement posé sur la cheminée du grand salon où elle aimait broder avec sa sœur les fleurs qu'Enguerrand lui avait rapportées. Son mari avait l'air d'avoir fini par remarquer, en levant le nez de ses papiers, que cette attention lui avait fait un plaisir immense. Il s'arrangeait donc pour lui en offrir aussi souvent qu'il le pouvait, et comme ce ministre de Philippe le Bel ne faisait rien à moitié, chacun des bouquets ressemblait à une œuvre d'art.
"Mon ami, vous devriez faire carrière comme jardinier, plaisanta-t-elle un jour, alors qu'Enguerrand déposait une nouvelle brassée de jonquilles dans ses bras.
-Parmi ces fleurs, il n'y en a aucune, Alips, qui, même avec mes soins, ne pourrait avoir votre éclat."
Ce compliment, totalement inattendu, fit rougir la jeune femme comme une pivoine.
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Révolution - UA - 149 mots
Édouard n'avait aucune envie de provoquer une révolution ou quoi que ce soit du genre. Lui, tout ce qu'il savait, c'était qu'on allait décapiter son frère, et il ne pouvait pas se résoudre à laisser faire ça, même si Édmond l'avait trahi. Depuis qu'il s'était réfugié avec Hugh parmi les loups-garous, il ne pensait plus à ça. Ça lui paraissait si vain... et puis Kent était jeune, encore un enfant, et si naïf, si nonchalant, ni amical, c'était normal qu'il se soit fait avoir par ce fourbe de Mortimer. Alors, le roi déchu prit la tête des groupes environnants pour aller délivrer son frère qu'on allait tuer, et quand il vit à quel point Kent, en chemise sous la pluie battante, les mains liées, semblaient faible et vulnérable, sanglotant comme un enfant, il sut qu'il avait le bon choix, presque un des seuls bons choix de sa vie.
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Ébullition - UA - 145 mots
Édouard avait fait en sorte d'attiser le feu pour que l'eau du bain soit aussi chaude que possible, presque au bord de l'ébullition. Il n'aimait toujours pas se laver dans les rivières, comme le faisaient les autres, mais s'il avait préparé ce baquet, c'était avant tout pour son frère. Kent avait l'air complètement bouleversé, avec sa chemise défraichie et ses cheveux blonds et bouclés qui pendaient tristement autour de sa tête.
"J'ai même proposé de me rendre à Messire votre fils en chemise et une corde autour du cou, murmura le jeune homme, mais ils n'ont rien voulu entendre et... et ils étaient sur point de...
-Je sais, Édmond. Ne pensez plus à ça, maintenant, répondit doucement l'ancien roi. Je... Je sais que je ne vous ai jamais traité avec la reconnaissance que je vous devais, mais... je vais prendre soin de vous, à présent."
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Quille - 119 mots
Isabelle fixa le jeu de quille et, soudain, il lui vint l'idée que, à défaut de pouvoir passer ses nerfs sur Hugh Despenser, elle pourrait toujours le faire sur les innocentes constructions de bois. D'un geste précis, assuré et énervé, elle jeta la boule en plein dedans. Le son mat qu'elle produisit en renversant le jeu et les quilles qui s'éparpillèrent lui produisirent une certaine satisfaction. Que n'aurait-elle donné pour pouvoir jeter cette balle en plein dans le visage arrogant de Hugh ! C'était tellement injuste que lui ait droit à l'amour du roi et pas elle. Car elle était amoureuse d'Édouard. Elle ne comprenait pas pourquoi, lui qui était l'exact opposé d'elle, mais elle l'aimait. C'était tellement injuste.
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Souris - 118 mots
Hugh se réveilla en plein milieu de la nuit, interpelé par un bruit qu'il trouvait suspect. Ça pouvait être seulement une souris, mais il n'en était pas si sûr.
"Édouard, murmura-t-il en secouant son amant, sur lequel il était à moitié avachi. Édouard, réveille-toi. Il y a quelque chose de bizarre qui se rapproche.
-Tu es sûr ? marmonna le roi, endormi. Ce n'est peut-être qu'un rat, ou un garde qui fait trop de bruit durant sa ronde...
-Non, c'est autre chose... Édouard, nous devons sortir d'ici."
Hugh ne savait pas ce que c'était, mais c'était dangereux. Une peur insidieuse commençait à lui nouer l'estomac. Il saisit son amant par le bras. Ils devaient partir tout de suite.