Mouette - 215 mots
Le cri des mouettes retentissait de façon ininterrompue depuis l'extérieur du monastère abandonné où ils avaient trouvé refuge. Ce son, qui rappelait pourtant les côtes anglaises où il aimait tant venir, ne parvenait, désormais, qu'à lui rappeler sa déchéance et les hommes qui étaient à leur poursuite. À lui, le roi déchu, et à Hugues Despenser, son amant... Deux hommes en fuite, abandonnés de tous.
"Tu n'as pas trop froid, mon aimé ? demanda-t-il tristement au jeune homme, qui était assis sur les dalles rêches et froides à côté de lui.
-Non, mon Edouard, lui répondit Hugues en essayant de lui sourire. Jamais quand je suis avec toi."
La gorge nouée, l'ancien roi lui prit la main. Il savait que leurs jours étaient comptés. Que si on les retrouvait... Il regarda Hugues. Lui, surtout, s'était attiré la haine de toute l'Angleterre, et il n'appartenait pas à la royauté. Si on le retrouvait...
"J'aimerais que tu me tiennes encore contre toi, s'il te plaît, murmura Hugues en se blottissant contre lui.
-Tout ce que tu voudras, mon doux Hugues."
Ils se serrèrent l'un contre l'autre. Dans trois jours, ça en serait fini d'eux. Ils le savaient. Et pourtant, ô comme il aurait voulu avec encore la force d'empêcher ces hommes cruels de lui faire du mal.
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Rentrer - 138 mots
Enfin, après avoir été exilé de longs mois sur ses terres avec son père, il pouvait enfin rentrer à la cours du roi Édouard. Depuis le moment même où ils avaient quitté le château, discrètement et à l'abri des grondements de la foule, Hugues Despenser n'avait pas cessé d'attendre ce moment. Son père aussi, mais pour une autre raison : il voulait retrouver sa prestigieuse place de conseiller auprès du roi. Hugues, lui, voulait surtout revoir le roi, et puis qu'il le prenne dans ses bras, qu'il l'embrasse à l'abri des regards et qu'ils puissent enfin se retrouver. Hugues savait gré à son amant de les avoir renvoyés sur leurs terres pour le protéger de la félonie des barons. Mais ça avait été une constante tristesse de se trouver loin de cet homme dont il était tant épris.
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Rideau - 153 mots
"Tu ne peux imaginer à quel point tu m'as manqué, mon doux Hugues.
-Toi aussi, mon aimé. Il me tardait d'enfin te retrouver."
Édouard sourit et rapprocha son visage du sien pour l'embrasser, caché par les lourds rideaux du lit dans lequel ils se trouvaient. Ils n'avaient rien fait d'autre de toute la nuit, s'embrasser et se câliner, blottis l'un contre l'autre, si bien que le roi se demandait bien ce qui lui avait pris de l'exiler si longtemps. Ah, oui, c'était à cause des barons qui réclamaient la tête de Despenser. Eh bien, ils en seraient quittes pour la leur ! Ils n'avaient pas idée de croire qu'il les laisserait toucher à son amant.
"Je ne laisserai plus aucun nobliau de province te séparer de moi, promit Édouard en lui prenant le menton pour l'embrasser encore."
Il ignorait que leur prochaine séparation serait définitive, et que c'était la mort qui les emporterait.
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Couverture - 172 mots
Édouard s'était réveillé avec, pour premier réflexe, de se rapprocher de Hugues pour lui planter des bisous dans le cou et sur la tempe. Il en fallut quelques uns pour réveiller le favori, mais il finit par pouffer, encore à moitié endormi.
"Arrête, Édouard, protesta-t-il mollement en essayant d'échapper aux bras câlins de son amant. Tu ne peux pas faire ça maintenant.
-Et pourquoi pas ? protesta le roi en se haussant sur un coude pour l'embrasser.
-Parce que..."
On frappa à la porte de la chambre. Édouard se tourna vers le battant et grogna, contrarié. Hugues se frotta paresseusement les yeux et sourit.
"Parce que tu attends une délégation, tu te rappelles ? bâilla-t-il en essayant de sortir du lit.
-Non, ne bouge pas, le retint son amant en l'attrapant par la taille pour le tirer sous les couvertures. Attends-moi là. Dès que j'en aurai fini avec eux, je reviendrai te dire bonjour comme il se doit.
-Avec grand plaisir, mon roi."
Ils aimaient tous les deux les matinées comme celle-là.
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Foudre - 163 mots
La foudre tomba près de l'une des fenêtres du monastère abandonné. Un puissant éclat de lumière déchira le ciel et éclaira la pièce exigüe, envahie par l'eau et la vermine. Édouard distingua les traits tourmentés de son amant, et de son côté, Hugues vit la même expression de peur sur son visage. Par la peur de l'orage. Au contraire, avec cette tempête, ils étaient protégés, pour un temps du moins, des soldats qui avaient été lancés à leur poursuite. Si seulement il y avait eu un moyen de sortir d'ici... de fuir, en Ireland ou ailleurs, loin d'Isabelle et de son coup d'état... Mais c'était impossible.
"Viens donc voir par ici, lança Édouard en tirait Hugues sur ses genoux."
Le favori se laissa faire et passa même ses bras autour de son cou pour l'embrasser. Ce n'était peut-être pas le moment; la situation était catastrophique, pour lui comme pour son amant. Mais, justement, être encore ensemble, c'était tout ce qu'ils avaient, à présent.