Enveloppe - 141 mots / La passion van Gogh

Armand ignorait ce que contenait cette enveloppe. Tout ce qu'il savait, c'était que cette commission dont son père l'avait chargé lui tapait un peu sur les nerfs. D'accord, il pouvait comprendre que pour Théo van Gogh, qui avait tellement correspondu avec son frère, ce serait un cadeau inestimable que de lui remettre la dernière lettre de son frère aîné, perdue et oubliée depuis deux ans, depuis la mort de Vincent. Mais parcourir tous ces kilomètres pour ça ! Pourquoi son père ne le faisait-il pas lui-même, pour commencer ? Et puis, Armand apprit du père Tanguy que Théo ne pourrait jamais recevoir cette lettre, car il était mort de chagrin six mois après son frère. Il regarda l'enveloppe, un peu attristé par la nouvelle. Il semblerait qu'il allait faire encore pas mal de kilomètres pour trouver quelqu'un à qui la remettre.

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Fardeau - 160 mots / La passion van Gogh

Armand avait entendu une pelleté de témoignages. Ils se coupaient, s'entrecroisaient, se contredisaient, et au final, alors que, malgré lui, la mission dont l'avait chargé son père revêtait de plus en plus d'importance à ses yeux, il ne savait toujours pas quoi penser. On disait que Vincent van Gogh s'était suicidé, et même lui, sur son lit de mort, avait corroboré ces faits. Mais il n'avait laissé aucun mot expliquant pourquoi, et cette question avait taraudé son frère jusqu'à sa mort. Pourquoi ? La réponse à cette question lui vint de la dernière personne qu'il interrogea, le médecin qui avait pris soin de Vincent ici, à Auvers-sur-Oise.

"Je pense qu'il l'a fait pour son frère. Il savait que la moindre contrariété financière pouvait être fatale à Théo, et, en voyant toutes les dépenses qu'il devait faire pour lui, il a voulu ne plus être un fardeau."

S'il avait su alors que sa mort serait bien plus dévastatrice pour son frère...

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Préférence - 118 mots / La passion van Gogh

Ils étaient une famille de cinq enfants, trois garçons et deux filles. Ils s'entendaient tous bien, et pourtant, pour Théo, c'était Vincent qui avait sa préférence. Il s'était toujours tellement mieux entendu avec son frère aîné, lui qui, étant enfant, inventait toujours des jeux rigolos. Même en grandissant, il était resté plus proche de Vincent que des autres. Ils s'entendaient si bien tous les deux, et ils étaient tellement complémentaires, et son frère devait penser la même chose, car après tout, il lui avait dit que ses tableaux étaient peints à deux, qu'ensemble ils avaient deux corps mais ne formaient qu'un seul esprit. Et comment aurait-on pu s'attendre à ce que l'un des deux survive à l'autre ?

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Peindre - 113 mots / La passion van Gogh/À la porte de l'infini

Peindre, pour Vincent van Gogh, ce n'était pas seulement un passe-temps ou un métier comme un autre. C'était plus qu'une passion, c'était toute sa vie. Quand il peignait, il cessait de réfléchir. Il cessait surtout de penser aux tourments qui pesaient de tout leur poids sur ses épaules. À partir du moment où il découvrit cet art, il ne put plus passer une journée sans peindre; ça le bouleversait, le déchirait. Alors son frère Théo lui envoya, chaque mois, en plus d'argent, des pinceaux et de la peinture. Si c'était ce que son frère aimait faire, alors il le soutiendrait jusqu'au bout. Et puis il en était persuadé. Vincent était un grand peintre.

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Concert - 135 mots

Ils étaient allés à un concert qui avait lieu dans un parc au centre de Paris. Ce n'était rien de plus qu'un petit récital, qui avait pour but de les distraire tous les deux des jours difficiles qu'ils traversaient. Les soucis financiers, les mauvaises critiques des tableaux de Vincent, les premières maladies hivernales. Ils devaient juste passer un bon moment ensemble, sans parler de peinture, et pourtant, quelques minutes après le début du concert, Théo, en se tournant vers son frère, la pipe à la main, le trouva en train de gribouiller frénétiquement sur un morceau de journal.

"Vincent, mais qu'est-ce que tu fais ? soupira-t-il, dépité.

-J'essaie de trouver comme rendre cette musique sur une toile, répondit-il. Elle est magnifique."

Théo ne répondit rien. Il aurait dû s'en douter. Après tout, c'était son frère.