Salut ! Ça fait hyper longtemps, mais me revoilà avec une nouvelle fic, et pas des moindres : une fic kuroshou !
Cette fanfiction était censée être un OS mais bon, vu qu'elle va dépasser les 30k mots je trouve ça plus raisonnable de la découper en chapitres.
Ce sera du kuroshou/iwaoi dans un univers de science fiction (mass effect, un jeu vidéo ultra coooool). Mon objectif (en plus de vous écrire une bonne histoire ofc) c'est de vous faire découvrir et apprécier cet univers, donc j'ai essayé de retranscrire beaucoup de l'ambiance du jeu pour vous donner envie de vous y intéresser !
Cette histoire fera *sors un papier d'un chapeau* 7 chapitres. On y croit. Lol.
Cela va sans dire, mais il y a beaucoup d'éléments qui vont vous être inconnus, mais n'ayez crainte, beaucoup de choses vous seront expliquées au fil de l'histoire (et si vous voulez voir la gueule des aliens avec plus de précision, google est votre ami !)
Merci à Aeliheart974 la prêtresse du kuroshou pour cette motivation sans faille, ainsi que Sherma83 parce que c'est une bêta cool toujours assoiffée de drama et ça, ben je like :)
Je vous souhaite une très bonne lecture !
La seule chose que Kuroo détestait plus que les systèmes Terminus, c'était les butariens. Entendre ces quelques mots suffisait à le faire grincer des dents, dans le meilleur des cas. C'était plus fort que lui. Même si un soldat de l'Alliance ne devrait pas se montrer aussi hostile envers une race extraterrestre, même si cette haine n'aiderait pas l'humanité à tisser des liens avec la communauté intergalactique, son opinion ne changerait probablement jamais. Ces monstres, avec leurs quatre petits yeux noirs incrustés sur un visage franchement repoussant, ne méritaient pas son attention. Encore moins sa sympathie.
Voilà pourquoi, alors qu'il infiltrait une base terroriste, butarienne, cachée à la surface d'un astéroïde de la Nébuleuse de l'Aigle, en plein cœur des systèmes Terminus, Kuroo était à cran. Au-delà de l'importance de la mission, se trouver ainsi en territoire ennemi l'empêchait de se concentrer pleinement.
— Kuroo, quelle est ta position ?
La voix qui retentit dans son casque le fit sursauter. Il balaya du regard le couloir sombre et métallique dans lequel il avançait prudemment et jeta un œil à son OmniTech, qui enveloppait son avant-bras d'une lumière orange. Une petite carte du complexe s'y matérialisa et signala la présence de Kuroo d'un point blanc.
— Je suis presque arrivé au labo, répondit-il à Oikawa. J'ai croisé personne pour le moment, ils ont pas dû remarquer notre présence.
— Fais en sorte que ça reste comme ça. Préviens-nous quand tu es prêt, qu'on commence la diversion de notre côté.
— Compris. Je me dépêche.
— Et fais gaffe aux varrens. Y'en a peut-être dans les parages.
Kuroo reprit son avancée, les doigts crispés sur son arme. Ce court échange avec le Commandant lui avait rappelé l'enjeu de cette mission : le démantèlement du réseau esclavagiste le plus influent du secteur était certes une bien noble cause, mais pour Oikawa, cette réussite était capitale. Il en allait du futur de sa carrière. Il l'avait bien fait comprendre à tous lors du briefing : l'échec n'était pas une option.
Et la responsabilité qui incombait à Kuroo était d'une importance toute particulière. En tant que spécialiste technologique de l'équipage, il avait été désigné pour entrer dans la base, se faufiler dans le laboratoire et pirater le terminal pour y trouver les informations nécessaires à la destruction de ce groupuscule. Une simple formalité, avait-il assuré à son Commandant.
Les patrouilles butariennes et la possibilité de se retrouver face à un varren aux crocs aiguisés lui faisaient toutefois réviser son jugement.
Par chance, il ne croisa personne, et atteignit sa destination sans autre encombre qu'un éboulement à contourner. Cet endroit tombait presque en ruine.
Il ne mit guère plus de quelques secondes à déverrouiller la petite porte du laboratoire en pianotant sur les commandes de son OmniTech. Il passa son bras lumineux devant l'accès pour l'ouvrir et s'engouffra dedans avec une grande précaution.
— Oikawa, déclara-t-il en portant une main contre son casque, j'y suis.
La voix du Commandant retentit l'instant d'après :
— Parfait. Tu vois le terminal ?
Il se trouvait tout au fond de la pièce, encadré par d'imposants prototypes que Kuroo ne reconnut pas. Ce n'était pas sa priorité pour le moment.
— Ouais, c'est bon, vous pouvez commencer.
— N'oublie pas de désactiver les alarmes.
— J'adore quand tu me prends pour un amateur.
Un léger rire traversa son casque et lui arracha quelques frissons. La réaction de son supérieur hiérarchique tirait davantage sur le réflexe nerveux qu'un véritable amusement, et Kuroo ne le savait que trop bien. Le canal de discussion s'éteignit après ce court échange : la diversion allait pouvoir débuter.
Il n'avait à présent que quelques minutes pour récupérer toutes les informations de ce terminal et rejoindre le vaisseau avant que les terroristes ne se doutent de quelque chose.
Il se mit au travail sans tarder. Les pare-feu butariens étaient ridiculement faciles à contourner : leur technologie était bien en deçà des systèmes informatiques de l'espace concilien. Désactiver l'alarme fut l'affaire d'une poignée de secondes, et entrer dans leur base de données ne lui posa aucun problème : seul le transfert des fichiers vers son OmniTech nécessita plus de patience que prévu.
« Transfert en cours… 15 % »
La voix apathique de l'Intelligence Virtuelle s'échappa du terminal et résonna dans toute la pièce, faisant sursauter Kuroo. Les butariens étaient sûrement occupés à l'opposé du complexe grâce à la diversion d'Oikawa et d'Iwaizumi, mais il ne pouvait s'empêcher de craindre que l'un d'entre eux erre dans les couloirs et entende le bruit. Ses doigts claquaient nerveusement contre la console alors que ses yeux étaient rivés sur les informations qu'il téléchargeait à une lenteur insupportable.
Des cris retentirent au loin, des ordres que Kuroo ne parvint pas à déchiffrer. Il espéra que tout allait bien du côté du Commandant.
« Transfert en cours… 35 % »
— Allez, dépêche…
Son regard balaya la pièce avec plus d'attention, à la recherche d'une distraction quelconque. Le laboratoire était sombre, mais la lumière de son avant-bras lui permit de scruter les alentours : mis à part les prototypes d'armement qui couvraient une grande partie des tables, de curieux dispositifs affûtés et menaçants se distinguaient du reste. Plus Kuroo les observait, moins il voulait en deviner l'usage.
Considérant les activités esclavagistes de ces butariens, les réponses s'imposaient d'elles-mêmes.
Quelle bande d'enfoirés.
« Transfert en cours… 50 % »
Alors qu'il s'approchait plus avant d'un de ces établis lugubres, il remarqua des implants électroniques posés sur des présentoirs.
Son cœur s'emballa.
Il savait exactement ce dont il s'agissait. Cette simple découverte raviva ses souvenirs aussi violemment que la colère qu'il tâchait de maîtriser depuis le début de cette mission.
Des implants de contrôle.
Sans réfléchir, il en prit un dans la main pour le détailler. La sirène qui lui vrilla les tympans l'instant d'après lui fit amèrement regretter son imprudence.
« Transfert interrompu, alarme de sécurité enclenchée »
L'avertissement de l'IV mit tous ses sens en alerte : il essaya de se reconnecter rapidement au serveur du terminal, sans succès. L'écran noir qui lui faisait face et le cri strident de l'alarme lui donnaient la mesure de son échec. Il avait compromis leur objectif, et ses tentatives pour désactiver les systèmes de sécurité demeurèrent terriblement vaines.
— Kuroo, fit la voix agitée d'Oikawa, qu'est-ce qu'il se passe ?!
— Y'avait une espèce d'alarme dans la pièce, j'essaie de régler ça…
— T'es sérieux là ? Laisse tomber, ils vont tous rappliquer vers toi. Tu as les données ?
Kuroo se prépara psychologiquement à subir la colère de son supérieur.
— J'ai pu récupérer que la moitié, lui avoua-t-il, mais laisse-moi deux minutes, le temps de me reconnecter…
Oikawa s'accorda quelques secondes de silence glacial qui firent presque regretter à Kuroo de ne pas recevoir des insultes. Des bruits de pas résonnaient déjà dans les couloirs, d'une intensité grondante et grandissante.
— On n'a plus le temps, Kuroo. Dépêche-toi de rejoindre le vaisseau avant qu'on soit repérés.
— Mais…
— Sors de là, c'est un ordre.
Le ton incisif utilisé à son encontre ne l'empêcha pas de s'adonner à une dernière tentative, qui résulta elle aussi en un échec, et ce malgré son acharnement pour accéder à ces précieuses données. Le terminal demeurait éteint, peut-être même s'était-il détruit de l'intérieur.
Les voix tonitruantes qui s'élevaient dans les environs le forcèrent à abandonner : il rechargea son arme d'un mouvement rapide avant de s'approcher de la sortie. Le complexe entier grondait de l'écho de pas lourds et des hurlements réguliers de l'alarme qui tonnaient dans sa poitrine plus ardemment que les battements de son cœur. C'était tout ce qu'il parvenait à entendre alors qu'il guettait, à l'affût, la moindre occasion pour se dissimuler dans le détour sombre d'un couloir.
Il quitta le laboratoire sans attendre plus longtemps, car sa présence finirait par se remarquer, et s'échapper d'ici sans heurts deviendrait alors tout simplement impossible.
Il jeta des regards dans toutes les directions : aucun butarien à signaler. Pour l'instant.
Kuroo se plaqua contre le pan d'un mur, s'engouffrant dans l'un des renfoncements creusés par l'âge. Les voix s'approchaient : s'il voulait rejoindre la sortie prévue sans croiser les terroristes, il allait devoir patienter jusqu'à ce que tous passent sans le repérer.
— Oikawa, murmura-t-il dans son casque. Dis à Kunimi de lancer les moteurs, qu'on puisse partir au plus vite.
— T'es où, bordel ? Je t'attends au point d'extraction, là.
— Donne-moi quelques minutes, j'a-
Des grognements agressifs survinrent sans lui laisser le temps de finir sa phrase ; l'instant d'après, un varren se tenait devant lui et le dévisageait de ses gros yeux globuleux. Sans attendre une seconde de plus, la créature se jeta sur lui et referma la mâchoire sur sa jambière, secouant la tête comme si sa prise était un morceau de viande à déchiqueter.
Kuroo réprima un grognement lorsque les crocs se logèrent dans sa peau. Cette sale bête allait compromettre sa furtivité : ainsi acculé, il ne parviendrait pas à échapper à ses maîtres qui surgiraient à leur tour. Et s'il utilisait son arme, cela ne promettait que de plus grands ennuis.
Ses coups de pieds furent aussi vains que ses maigres efforts pour rester discret : la créature demeurait enragée, et sa ténacité alerta les butariens.
— Là-bas !
Alarmé, Kuroo rassembla son énergie biotique dans le creux de sa main. Lorsqu'elle se mit à briller d'un crépitement bleu, il libéra ses pouvoirs sur le varren : un voile du même coloris enveloppa entièrement la bête qui cessa tout mouvement, comme prisonnière d'une stase. Il put ainsi défaire les crocs de sa jambe, mais la douleur le fit vaciller et quitter les ombres qui le dissimulaient.
Une vingtaine de paires d'yeux — facile pour ces horribles aliens qui en avaient quatre chacun — le toisèrent avec fureur.
— Une saloperie d'humain !
Kuroo braqua son arme sur eux, la mâchoire serrée, les épaules tendues et le regard brûlant de haine : un sourire mauvais se greffa sur les lèvres de quelques-uns.
— C'est qu'ils viennent tout seuls à nous maintenant, plus besoin de se déplacer.
L'un d'entre eux le fit taire d'un geste de main. Leur leader, sans doute. Kuroo ne saurait dire, il était tout aussi banal que le dernier des butariens : grand, imposant, un visage affreux ; seules quelques rayures au niveau de ses tempes le démarquaient un tant soit peu. Il inclina la tête vers la droite avant de demander d'une voix forte :
— C'est l'Alliance qui t'envoie fouiner ici ?
Kuroo ne répondit pas. Il pointa son arme sur lui.
Une dizaine de fusils d'assaut le prirent immédiatement pour cible.
— Tu ne sortiras pas d'ici vivant, autant nous le dire.
— Va crever.
— Si tu le prends comme ça… Allez, fit-il à l'attention des autres, bu-
Une seconde lui suffit pour vérifier que ses boucliers cinétiques étaient parfaitement chargés. L'instant d'après, il appuya sur la détente et tâcha de viser la tête du leader butarien. Un cri déchirant suivi, et les salves de tirs allaient suivre sous peu : Kuroo recula brusquement, fit crépiter son énergie autour de lui pour se protéger avant de chercher à se défendre. Mais sa jambe blessée lui fit défaut ; il défaillit et se releva laborieusement, à la merci de ses adversaires.
Il craignit tant le bruit des tirs à venir qu'il en retint son souffle.
Rien ne survint, excepté des exclamations de surprise.
Une immense vague d'énergie biotique déferla dans le couloir, projetant tous les butariens quelques mètres plus loin. Avant qu'ils ne puissent se relever ou que Kuroo ne comprenne ce qui était en train de se produire, une nouvelle force les envoya tous se heurter contre le plafond : ils retombèrent au sol comme des pantins désarticulés. Le bruit d'armures lourdes s'écrasant contre le métal tonna dans tout le complexe et l'assourdit quelques secondes.
— Dépêche-toi, Kuroo, on y va.
Les yeux d'Oikawa brillaient encore d'un bleu clair maintenant qu'il toisait son soldat à l'autre extrémité du couloir. Lorsqu'il remarqua la démarche claudicante de Kuroo, il accourut vers lui pour l'aider.
— Désolé, fit Kuroo, en partie traîné jusqu'à la sortie par son Commandant.
Oikawa ne lui répondit pas. Ses lèvres étaient pincées et ses sourcils froncés.
Ce profil grave lui fit bien comprendre que les terroristes butariens qu'ils fuyaient étaient loin d'être le seul de ses problèmes.
— Reste tranquille, s'il te plaît.
Kuroo tâcha d'obéir malgré la douleur qui le tirailla lorsqu'il fut déposé sur l'un des lits que comptait l'infirmerie du vaisseau. Asahi lui avait ôté son casque et sa jambière malmenée par le varren pour examiner plus avant ses plaies.
Plus personne n'éleva la voix : la pièce aseptisée ne laissait échapper aucun autre son que celui des signaux réguliers du scanner qui analysait Kuroo. Ils avaient décollé en vitesse de l'astéroïde à la seconde où Oikawa, traînant par le bras son soldat blessé, avait posé le pied dans le hangar à navettes. Il l'avait transporté jusqu'ici et attendait maintenant le diagnostic d'Asahi, leur médecin de bord. Son silence ne parvenait pas à dissimuler sa nervosité.
Kuroo l'observa du coin de l'œil : il ne saurait dire si sa blessure à la jambe l'alarmait un tant soit peu, ou si l'échec de la mission accaparait la moindre de ses pensées.
— Une chance que vous soyez sains et saufs, fit remarquer Iwaizumi sur le seuil de la pièce.
Oikawa haussa les épaules, sans même prendre la peine de regarder le nouvel arrivant. Sa mine sombre attrista Kuroo, et le goût amer de la défaite lui serra la gorge à son tour.
C'était entièrement de sa faute.
— Ça va, vous deux ? reprit-il en s'avançant.
Asahi poussa un soupir de soulagement, les yeux fixés sur les résultats affichés par son OmniTech :
— Kuroo va bien, l'artère n'a pas été touchée. Dieu merci.
Le concerné ne préféra faire aucun commentaire : mieux valait ne pas se faire remarquer tant qu'Oikawa n'avait pas retrouvé la parole.
Il hocha donc la tête après un regard en direction d'Iwaizumi.
— Je vais t'administrer une dose de Médi-gel. Ça anesthésiera la douleur et arrêtera les saignements.
Kuroo laissa le médecin suivre son idée : l'application du gel sur sa peau ouverte et douloureuse lui fit le plus grand bien ; bientôt, il ne sentit plus aucun lancinement désagréable.
Iwaizumi s'était approché du Commandant et chercha à retrouver ses yeux en lui levant légèrement le menton. Oikawa soupira enfin, avant de prendre sa main dans la sienne et de les baisser d'un même mouvement empli de douceur.
Ce genre de moment mettait toujours Kuroo dans l'embarras : il détourna le regard de peur de déranger cet échange intime.
— La mission est un échec, déclara finalement Oikawa.
— On a quand même pu récupérer quelques données, c'est déjà ça...
Le Commandant secoua la tête.
— On a été repérés, Iwa. Ils doivent penser que l'Alliance est derrière tout ça.
— Oui, mais... on est toujours en vie.
Si Iwaizumi voulait paraître détaché, c'était un misérable échec : de son intonation à son regard, tout laissait entendre que la santé d'Oikawa était plus importante que n'importe quelle mission donnée par le Conseil.
Kuroo suivait cet échange en tâchant de se faire le plus discret possible. Ses yeux se posèrent sur Asahi, qui devait trouver son matériel médical absolument fascinant tant il le fixait avec intensité. Lui aussi avait compris : mieux valait ne pas interrompre la conversation.
— Et alors ? On ne pourra pas anéantir ce groupe terroriste ! Maintenant qu'ils savent, ils vont pouvoir changer de base, crypter leurs données, je sais pas moi... Ils vont être préparés à nous recevoir, en tout cas. Et ça, c'est s'ils décident de ne pas déclarer la guerre à tout l'espace concilien en représailles.
L'échec avait toujours pesé lourd sur les épaules d'Oikawa, n'importe quel soldat sous ses ordres le savait. Toutes ces hypothèses étaient plausibles, et franchement inquiétantes pour la suite des opérations : la carrière du Commandant allait forcément en pâtir.
— Aucune chance que je devienne Spectre après ça… murmura-t-il plus bas.
— Hé…
— Oikawa, déclara Kuroo pour se faire remarquer, je suis désolé. Tout ça, c'est à cause de moi.
L'interpellé porta enfin son attention vers lui : aucune rancœur ne brillait dans ses grands yeux marron.
Il se pensait certainement seul responsable de cet échec.
Oikawa ouvrit la bouche pour parler, mais la voix de Kunimi s'échappa de l'intercom et résonna dans toute la pièce :
— Commandant, le Conseil demande à vous parler.
Il soupira et baissa la tête.
— Transmets l'appel en salle de conférence, j'arrive tout de suite.
— Bien reçu.
Kuroo se sentit coupable, mais il n'eut pas le temps d'en faire part à son supérieur. Celui-ci quittait déjà l'infirmerie d'un pas décidé.
— Repose-toi bien Kuroo, déclara-t-il à son attention. Reste à l'infirmerie jusqu'à ce qu'on arrive.
Kuroo et Iwaizumi échangèrent un regard inquiet : si leur Commandant affichait un front déterminé et calme, ils savaient tous deux que ce n'était qu'une façade, derrière laquelle il se cachait bien trop souvent.
D'ordinaire, Kuroo adorait se rendre à la Citadelle. Le centre névralgique de la coopération inter-espèces n'avait de cesse de l'émerveiller. Si certains déclaraient préférer le confort d'une véritable planète à celui d'une station spatiale, aussi colossale fût-elle, c'était qu'ils n'y avaient jamais posé les pieds. Ayant passé une partie de son enfance sur une base de l'Alliance en orbite, exiguë et rendue vivante par des lumières artificielles insupportables, il était bien placé pour savoir que cela n'avait rien à voir. On oubliait bien vite que l'on vivait loin de la terre ferme lorsque l'on flânait dans les jardins immenses du Présidium, que l'on y contemplait sa végétation et son lac, agréablement caressé par une brise synthétique, en dessous d'un ciel et de rayons de soleil qui l'étaient tout autant. Même les Secteurs reproduisaient admirablement l'ambiance animée et urbaine des plus grandes capitales de l'univers et rassemblaient toutes les espèces évoluées de la galaxie. Ne pas aimer la Citadelle, c'était faire offense à toutes les avancées technologiques qui leur avaient permis de se rendre jusque-là.
Toutefois, aujourd'hui, la raison de leur venue lui permettait difficilement de se réjouir. Asahi lui avait tout juste retiré le Médi-gel à l'aide d'ultra-sons quand il apprit la nouvelle, après plusieurs heures de voyage : le Conseil désirait s'entretenir avec le commando en personne. Pas de conférence holographique ou de rapports détaillés envoyés via l'extranet, non : une véritable audience en bonne et due forme.
Cela ne se produisait jamais. Et considérant l'issue de leur mission, c'était mauvais signe.
Très mauvais signe.
Le SSV Sendai s'amarra donc dès son arrivée et l'équipage put profiter d'une brève permission tandis qu'Oikawa, Kuroo et Iwaizumi, les principaux concernés, avançaient à travers le Présidium pour atteindre la Tour de la Citadelle, dressée en son centre.
De nombreux regards se posaient sur eux à leur passage : nul doute que la présence de soldats humains éveillait la curiosité des différents ambassadeurs extraterrestres. Kuroo et Iwaizumi, légèrement en retrait, suivaient leur Commandant sans un mot, trop occupés à garder le rythme qu'il leur imposait pour se soucier d'autre chose.
Dans l'ascenseur qui les menait à la Salle du Conseil, Kuroo se décida à rompre le silence, ne serait-ce que pour couvrir la mélodie agaçante qui accompagnait leur montée.
— Vous savez ce qui nous attend ?
— Le Conseil veut qu'on débriefe ensemble la mission, déclara machinalement Oikawa. Mais bon, ils vont surtout vouloir me parler à moi, pour le poste de Spectre, tout ça… Mieux vaut que vous n'interveniez pas.
— Ils devraient se montrer compréhensifs, raisonna Iwaizumi. On n'est pas repartis les mains vides non plus.
— Un échec reste un échec, Iwa. Le Conseil va bien nous le faire comprendre. Surtout, tâchez de garder votre calme, quoi qu'ils disent.
— Compris, Commandant.
Ceci arracha un petit sourire à Kuroo, qui tenta sans grand succès de le cacher : entendre Iwaizumi être si formel envers Oikawa était rare. Il y pensait lorsqu'ils étaient en public, en présence d'autorités de l'Alliance ou du Conseil, mais il oubliait souvent, surtout devant l'équipage. C'était devenu une sorte de jeu entre les membres du vaisseau : feindre l'ignorance, même lorsque le Commandant et son Premier Lieutenant agissaient comme un couple marié depuis des années et s'échangeaient des regards aussi écœurants que ceux d'amants en nuit de noces. Après tout, les règles de l'Alliance étaient strictes quant à la fraternisation entre soldats, mieux valait faire perdurer le secret ; et quoi de plus drôle que de leur laisser croire que cette piètre mascarade fonctionnait à merveille ?
« Estrade des Pétitionnaires – Salle du Conseil »
La voix de l'IV fut suivie de l'ouverture des portes : pour la première fois de sa vie, Kuroo pénétrait dans cet illustre endroit. Bien peu de personnes pouvaient s'enorgueillir d'avoir eu un tel honneur, et si les raisons de leur venue n'étaient pas si déplorables, il en aurait été fier. Des arbres au feuillage rouge et des fontaines agrémentaient l'immense salle : le Conseil devait se trouver tout au bout, là-haut, par-delà les centaines de marches qui les séparaient du reste de la Citadelle.
Quelques dignitaires profitaient du calme de l'endroit, dans l'attente d'une audience. Aucun humain parmi eux. C'était sûrement pour cela que tous les observaient comme s'ils étaient des bêtes de foire.
— C'est pas Oikawa Tooru ça ? chuchota un turien à leur passage.
— Qui ça ?
— L'humain là, avec les cheveux plus clairs que les autres. C'est le biotique le plus puissant de l'humanité, enfin je crois.
— Lui ? Il paye vraiment pas de mine pourtant… Il fait trop délicat pour être soldat.
— Hé, fais gaffe, il paraît que ses pouvoirs rivalisent avec ceux des matriarches asaris.
— Mouais, il a plutôt la tête à avoir d'autres « talents » asaris, si tu vois ce que je veux dire.
Le Commandant les ignora royalement : il continua d'avancer et de gravir les marches sans faire cas du reste, le port droit et les yeux fixés vers leur destination. Mais cela n'empêcha pas Iwaizumi de les fusiller du regard, la mâchoire serrée : Kuroo pouvait presque sentir sa colère crépiter tout autour de lui, prête à se répandre en une salve d'énergie biotique. Même si le Lieutenant était parfaitement à même de se maîtriser et qu'il n'était pas assez inconséquent pour répondre à ces calomnies, un léger frisson s'empara de Kuroo. Il savait de quoi était capable Iwaizumi en combat, et il était terrifiant.
— On est presque arrivé, fit Oikawa, comme pour rappeler indirectement à l'ordre son Lieutenant.
Ils s'arrêtèrent au bout d'une passerelle qui faisait face à une estrade, séparée d'eux par un gouffre transformé en verrière – c'était à se demander si le Conseil avait la moindre notion de modestie.
Kuroo garda ses remarques pour lui lorsque les trois conseillers, asari, turien, et galarien, firent leur entrée. Ils les observaient avec des regards sévères.
— Commandant Oikawa, le salua le conseiller galarien.
— Merci de nous accorder une audience, répondit-il en inclinant légèrement la tête.
— Nous aurions préféré vous convoquer dans des circonstances plus… heureuses.
Oikawa resta immobile. Le silence était préférable, ils l'avaient tous compris.
— Nous vous avions demandé de récupérer des informations sur la cellule terroriste des Lunes de Kar'shan, déclara la conseillère asari, et nous nous retrouvons avec les systèmes Terminus en alerte et aucune donnée digne d'intérêt. Expliquez-vous.
Le Commandant lança un bref regard à Kuroo avant de consentir à répondre.
— Nous avons été repérés, le piratage des données n'a pas pu aboutir.
— C'est regrettable, fit-elle. Cette mission était d'une importance cruciale.
— Regrettable ? répéta le conseiller turien. On risque la guerre avec les systèmes Terminus à cause de leur incompétence, et vous trouvez ça « regrettable » ?
— Vous avez raison. Vous nous avez mis dans une situation délicate, Commandant. C'est toute l'Alliance que vous avez représentée par cet échec.
Oikawa ne répondit rien. Kuroo le vit serrer la mâchoire.
— Cette mission était décisive pour votre prétention au rang de Spectre, reprit le conseiller galarien. C'était aussi l'occasion de montrer la valeur du tout premier commando biotique de l'Alliance.
— Et on ne peut pas dire que le résultat soit brillant, ajouta le turien.
— Vous avez compromis la sécurité de l'espace concilien, Commandant. Nous sommes dans l'obligation de rejeter votre candidature. Pour le reste, c'est l'Alliance qui statuera de votre sort, si la situation ne s'aggrave pas dans les jours qui viennent.
— Conseillers... commença Oikawa.
Kuroo serra les poings. Avant que tout bon sens ne le retienne, il s'avança, les conseils du Commandant déjà oublié.
— Ce n'est pas la faute du Commandant. Je suis responsable de ce qu'il s'est passé.
— Kuroo.
— Lisez les rapports. C'est moi qui ai déclenché l'alarme, le Commandant n'aurait rien pu faire pour éviter ça.
— C'est vrai que ça change beaucoup au résultat, ça, railla le conseiller turien. Si ce n'est pas le Commandant, alors tout va bien !
— Je dis juste que vous devriez lui laisser une autre chance !
— Kuroo, arrête.
— Un Spectre doit savoir gérer les membres de son équipe, humain.
— Le Commandant m'a sauvé alors qu'il aurait pu me laisser là-bas. Un Spectre doit savoir faire des choix difficiles, et c'est ce qu'il a fait. Laissez-lui une chance de réparer mes erreurs !
Le silence s'abattit tout autour d'eux. Kuroo toisait les conseillers avec une détermination sans faille. Nul doute que les yeux du Commandant et du Premier Lieutenant étaient rivés sur lui, mais pour le moment il s'en moquait bien. Qu'importe si Oikawa était prêt à le tuer pour avoir désobéi à ses ordres, il n'allait pas laisser une telle injustice se produire par sa faute.
Les conseillers se concertèrent du regard, quelque peu étonnés.
— Voilà des paroles… audacieuses.
L'asari semblait amusée.
— Reconnaître vos erreurs est tout à votre honneur, soldat. Et votre loyauté l'est aussi.
— Reste à savoir si votre Commandant peut s'en montrer digne.
Leur attention se tourna vers Oikawa.
— Nous consentons à vous confier une autre mission, une seule, pour réparer votre échec. Vous vous en sentez capable ?
— Tout ce que vous voudrez, Conseillers.
Il y eut un moment de silence, une ultime délibération de la part des conseillers.
— Un Congrès va avoir lieu sur Illium dans un peu plus d'une semaine. Les discussions porteront sur la création d'une route commerciale sécurisée entre les systèmes Terminus et l'espace concilien. Nous vous demandons d'y escorter des diplomates et de vous assurer de leur sécurité là-bas. Illium est une planète dangereuse…
— Personnellement, je n'approuve pas cette deuxième chance, fit savoir le conseiller turien. Cette mission est simple, vous avez intérêt à vous y illustrer.
— Je ferai mon possible, assura Oikawa en s'inclinant légèrement.
— Ce sera l'occasion de gagner de l'influence dans les systèmes Terminus, déclara le galarien. Menez à bien cette mission pour le Conseil, et peut-être que vos erreurs en seront effacées.
Les conseillers approuvèrent conjointement la décision d'un hochement de tête.
— Bien, alors la réunion du Conseil est close. Vous pouvez disposer, nous donnerons les détails de la mission à l'ambassadeur Ukai. Ne nous décevez pas, Commandant.
Alors que le Conseil quittait déjà leur estrade, Kuroo lança un sourire en direction d'Oikawa : ce qu'il vit dans son regard l'empêcha de se réjouir bien longtemps. Impossible de savoir qui de la colère, du soulagement ou de l'anxiété avait pris le dessus.
— Tout est prêt pour le départ ? s'enquit Kuroo à un Iwaizumi très concentré.
Celui-ci consulta brièvement un datapad posé sur un panneau de commandes avant de le remettre au premier officier qui passa devant lui.
— Donne ça au Navigateur, lui fit-il, qu'il voit si Kunimi est d'accord pour ce plan de route.
Le soldat inclina la tête et s'exécuta sans un mot. Le sérieux d'Iwaizumi était à l'image du reste du vaisseau : tout le monde ou presque était à son poste, à vérifier toutes les configurations nécessaires au départ. Le pont principal, où ils se trouvaient présentement, fourmillait d'officiers en attente de directives plus précises : le décollage était imminent.
Le regard du Premier Lieutenant se perdit quelques instants sur l'hologramme orange du SSV Sendai qui trônait au milieu de la pièce, et il ne retrouva les yeux de Kuroo que lorsque celui-ci se replaça dans son champ de vision.
— Normalement, oui. On a le feu vert de l'Alliance. Faut que j'aille voir si tout est bon pour Kunimi au cockpit, mais on devrait partir dans quelques minutes, le temps qu'Oikawa arrive avec les diplomates.
— C'est quand même étrange qu'ils envoient des diplomates humains pour un Congrès sur Illium, tu trouves pas ?
Depuis que les ordres de mission s'étaient faits plus clairs, Kuroo n'avait eu de cesse d'y songer : les humains n'avaient pas de poids conséquent sur la scène intergalactique, leur demander de mener les négociations était bien curieux.
Iwaizumi haussa les épaules.
— Ils savent que l'humanité sait se débrouiller, peut-être que comme on est assez nouveaux dans la politique du Conseil on arrivera mieux à trouver une entente.
— Mais pourquoi ne pas avoir envoyé des asaris ? Ce sont les meilleures diplomates.
— Y'en aura déjà suffisamment au Congrès, je pense. Elles contrôlent Illium, et y'aura sûrement des représentantes de leurs Républiques. Et puis, comme on associe moins les humains au Conseil, ça calmera les tensions. Ce sera plus neutre.
— Y'en a un qui a bossé le sujet, fit Kuroo, impressionné.
Iwaizumi soupira.
— On ne peut pas laisser Oikawa faire tout le boulot, déjà qu'il ne dort presque plus…
Le visage de Kuroo s'assombrit. Il ne s'était pas entièrement défait du sentiment de culpabilité qui le suivait depuis l'échec de leur opération.
— Et pour en revenir aux diplomates, reprit Iwaizumi, c'est triste à dire, mais si jamais ça tourne mal on déplorera moins la mort d'un humain que d'un turien ou d'un galarien. Le Conseil s'en fiche pas mal de nous.
C'était également la conclusion à laquelle était parvenu Kuroo. Sa détermination pour mener à bien leur mission n'en était que plus grande : il était temps pour l'humanité de faire ses preuves, et de montrer à tous leur importance au sein de la galaxie. Ils n'étaient pas de simples pions à utiliser au bon plaisir des autres races. Si Oikawa devenait Spectre, tous le comprendraient.
Il acquiesça gravement.
La voix de l'IV du vaisseau interrompit l'espace d'un instant toute activité à bord :
« Livre de bord : le Commandant a regagné le vaisseau »
— Ils sont là, déclara Iwaizumi.
Kuroo suivit le Premier Lieutenant jusqu'à l'ascenseur, d'où le Commandant et leurs invités ne tarderaient pas à sortir. Ils attendirent patiemment, droits, les mains derrière le dos comme leur intimait le protocole de l'Alliance.
— Et voici le pont principal, expliqua Oikawa alors que les portes s'ouvraient tout juste. C'est ici que se trouvent le cockpit, la passerelle, l'armurerie et la salle de conférence.
Le ton du Commandant était mielleux à souhait : s'il faisait l'effort de se montrer sympathique, c'était sans doute la dernière de ses préoccupations.
— Ce vaisseau est impressionnant, commenta l'une des invités.
Oikawa laissa les diplomates sortir avant lui. Ils étaient deux : une jeune femme plutôt petite, dont les grands yeux étaient encadrés par une frange brune, et…
Kuroo se figea lorsqu'il reconnut la seconde personne : des cheveux parfaitement coiffés, d'un brun presque vert, un regard naturellement condescendant et l'ombre d'un sourire mauvais toujours greffé au visage. Pas de doute possible, c'était bien lui.
— Tiens, fit Oikawa en apercevant ses deux officiers. Je vous présente le Lieutenant Iwaizumi et le Caporal Kuroo, ils seront à votre entière disposition pendant toute la durée du voyage. Soldats, voici les diplomates envoyés par le Conseil : Mika Yamaka et…
— Qu'est-ce que tu fous là ?
Cette question brusque s'échappa des lèvres de Kuroo avant même qu'il ne songe à se retenir. L'air réprobateur d'Oikawa le prit immédiatement pour cible, mais son attention à lui était toujours capturée par le diplomate qui croisait maintenant son regard.
Daishou Suguru.
Il avait fallu que ce soit lui…
— Tiens, tiens… fit-il en le détaillant de haut en bas avec son éternelle attitude hautaine. On est toujours aussi aimable, à ce que je vois. Bonjour à toi aussi, Tetsurou.
Kuroo croisa les bras, mécontent.
— Le Conseil doit vraiment être désespéré s'il fait venir des gars comme toi.
Un rictus étira les lèvres de Daishou.
— Oh, pardonne-moi, c'est vrai que toi tu fais des merveilles en ce moment… Comment s'est passée ta dernière mission ?
— T'es vraiment le pire des…
— Kuroo !
Le rappel à l'ordre d'Oikawa n'était pas aussi glacé que le regard qu'il lui assénait à présent. La colère palpable de son Commandant le fit céder : il remit les mains dans son dos, non sans laisser échapper un discret soupir. Puis, il baissa les yeux, et attendit les remontrances qui ne tarderaient pas à fuser.
— Excusez-le, fit Oikawa à l'attention des deux diplomates. Je ne sais pas ce qui lui prend.
— Ne vous inquiétez pas, Commandant. J'ai l'habitude de son manque de savoir-vivre. Apparemment, même l'Alliance ne peut plus rien faire pour lui.
— Je peux vous assurer que ça ne se reproduira plus jamais, assura Oikawa en avisant son soldat avec colère.
Le Commandant s'attendait à des excuses. Les arracher de sa bouche serait un exploit ; la simple pensée de devoir y céder le peinait physiquement. Il pouvait déjà entendre Daishou jubiler devant cette victoire insignifiante.
Pour l'heure, Kuroo jugea le courroux d'Oikawa plus préoccupant que la mine ravie que ce maudit serpent arborait.
— Je m'excuse, murmura-t-il à contrecœur, les mains si nouées entre elles qu'il commençait à se faire mal.
— Brave petit, siffla Daishou.
Comment cet homme pouvait-il réussir à le prendre de haut malgré ses quelques centimètres en moins, Kuroo se le demandait depuis des années. Il se mordit la langue pour éviter à des remarques incisives de quitter ses lèvres.
— Tout le monde ici œuvre pour la réussite de ce Congrès, reprit le Commandant. Je ne laisserai personne compromettre cette mission. Est-ce clair ?
Oikawa laissait son ressentiment teinter ses paroles : quoi qu'il dise, il en voulait quand même à Kuroo pour avoir fait échouer leur opération sur la base terroriste.
Il pouvait difficilement lui en tenir rigueur.
— Oui, Commandant.
— Bien, alors maintenant, va montrer leurs quartiers à nos deux invités.
Kuroo ouvrit la bouche pour protester, mais, dans sa cruauté, Oikawa rajouta :
— Et tu t'occuperas personnellement d'eux durant cette mission. Tu veilleras à ce qu'ils aient tout ce dont ils ont besoin, et si je t'entends te plaindre, tu changes d'équipage.
D'accord, il avait mérité une punition. Le Commandant était en colère contre lui, et il avait raison de l'être. Peut-être n'aurait-il pas dû réagir si violemment à la vue de Daishou, ça lui aurait épargné cette corvée ; mais il n'y arrivait pas. C'était viscéral, depuis toujours. L'envie de lui faire ravaler son petit air satisfait prévalait sur toute la retenue dont il pouvait témoigner.
Et Oikawa, même s'il jugeait que lui attitrer cette mission était une pénitence adaptée — à vrai dire, il n'aurait pu choisir pire —, ne prenait assurément pas conscience du chaos que cela pourrait occasionner.
Kuroo n'était pas certain de pouvoir obéir sans broncher. Même avec toute la volonté du monde.
Le clin d'œil que lui lança Daishou ne fit que confirmer cette hypothèse.
Il prit une grande inspiration.
— Comme vous voudrez, déclara-t-il entre ses dents.
Oikawa hocha la tête, sévère, et s'en alla en direction du cockpit, Iwaizumi sur les talons.
— On vous suit, Caporal, dit Mika d'une voix faussement timide.
Le sourire agréable qu'elle lui offrit calma momentanément ses envies de meurtre. Il leur désigna l'ascenseur et appuya pour les conduire à leur destination : le pont inférieur.
Le trajet ne dura pas plus qu'une poignée de secondes ; Daishou eut largement le temps de jouer avec ses nerfs.
— C'est fou, t'as toujours cette vieille coupe…
— Sois pas jaloux.
Un petit rire agaçant parvint à ses oreilles.
— Je te sens tendu, Tetsurou. C'est d'être à mon « entière disposition pendant toute la durée du voyage » qui te met dans cet état ?
Kuroo préféra l'ignorer, non sans un léger claquement de langue. Il quitta l'ascenseur à la seconde où les portes s'ouvrirent, prêt à présenter les lieux tel un piètre promoteur immobilier. Il resta poli, par égard pour la diplomate Mika.
— Voici le pont inférieur. Vous y trouverez l'infirmerie, le réfectoire, les douches et les quartiers de l'équipage. Et vos quartiers à vous, aussi.
— C'est immense, commenta Mika.
Daishou, lui, semblait tout sauf impressionné.
— On vous a mis dans la salle d'observation tribord, je vais vous montrer.
Il les accompagna jusqu'à la pièce et attendit quelques instants, le temps qu'ils appréhendent leurs futurs quartiers et son immense baie vitrée donnant sur les milliers d'étoiles du vide intersidéral.
— Voilà, déclara-t-il après un moment, impatient de retourner à ses occupations. L'intercom est à votre disposition si vous avez besoin de quelque chose, mais l'IV du vaisseau pourra répondre à la plupart de vos questions. Si tout est bon, je vais vous laisser…
— Merci beaucoup, Caporal.
Il inclina respectueusement la tête vers Mika et tourna les talons.
— Hé, l'interrompit Daishou, attends un peu…
Kuroo lui accorda magnanimement une seconde de son attention. Une fois sorti de la salle, il lui fit face.
— J'ai récupéré ton adresse sur l'extranet, continua-t-il en allumant son OmniTech. Tu sais, comme tu dois faire en sorte qu'on ait tout ce dont on a besoin. Je vais t'envoyer une petite liste, ça serait bête que tu t'ennuies.
Devant le silence désemparé qui suivit, il rajouta :
— Je sens que je vais beaucoup aimer ce voyage.
Daishou lui offrit un grand sourire. Il aurait pu paraître sincère, mais Kuroo le connaissait trop bien. Et, alors qu'il s'attardait peut-être plus que de raison sur les détails de son visage — pour s'assurer qu'il n'avait pas changé malgré les années, rien de plus — il se demanda s'il l'avait déjà vu sourire sincèrement une seule fois dans sa vie.
Quoi qu'il en soit, il répondit à cette réplique mauvaise d'un magnifique doigt d'honneur : Daishou eut à peine le temps de le voir que les portes automatiques se refermaient pour les séparer.
Voilà, j'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me donner vos impressions ^^
Et non non, ce sera pas du oikuroo, ce sera bien kuroshou (je dis ça parce que ma relecture m'a fait douter lmao)
A la semaine prochaine !

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