Filou - 149 mots

Gilles était un tout jeune garçon et pourtant, c'était déjà un sacré filou. Pas uniquement parce qu'il était espiègle, mais aussi parce qu'il avait une espèce de don inné pour le vol. Sa mère ne comprenait pas elle-même d'où ça lui venait, mais en tout cas, ça lui causait toujours des tas d'ennuis.

"Eh là ! Tu croyais pouvoir t'en tirer aussi facilement ? s'exclama un marchand en saisissant l'enfant de six ans par le bras pour le secouer.

-Allons, mon brave, cet enfant semble mort de faim, intervint Pierre en tirant quelques pièces de sa bourse. Laissez-le donc repartir avec ce fruit.

-Heu... très bien, merci, Monseigneur..."

Pierre sourit à l'enfant qui les dévisageait, puis il retourna à sa déambulation du marché. Robin le suivit et jeta un regard en coin au petit garçon. Pendant une seconde, ils se regardèrent. Et ils ne savaient pas qu'ils étaient frères.

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Liberté - 172 mots

Robin s'approcha des barreaux de la cellule et appela son frère à mi-voix.

"Gilles ? Gilles, viens par ici. J'ai quelque chose pour toi.

-Robin... ?"

Une silhouette abattue bougea quelque part dans le noir et s'approcha de lui. Le coeur serré de voir ses cheveux ébouriffés et son regard morne, Robin passa ses doigts à travers les barreaux pour lui caresser la joue.

"Je t'ai apporté des cerises, dit-il en faisant glisser les fruits dans la main de son frère. Et une couverture. Je te promets de te rendre ta liberté très bientôt, mon frère. Je m'y emploie de toutes mes forces.

-Merci, Robin, répondit le jeune homme en refermant ses doigts sur les siens. Est-ce que... est-ce que c'est vrai que les demi-nobles sont punis de trahison en étant enfermés dans un sac et jetés dans une rivière ?

-Tu n'as pas trahi, le rassura le comte, que cette vision clouait tout simplement d'effroi. Et il ne t'arrivera jamais une telle chose. Je préfère encore être condamné à ta place.

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Nuance - 122 mots

Quand Robin avait demandé à Gilles de l'accompagner chez un tailleur de sa connaissance pour confectionner leurs vêtements de mariage, il s'était attendu à ce que son frère soit un peu mal à l'aise devant cet homme du monde, et hésitant à cause des traitements de noble qui lui étaient de plus en plus réservés. Mais non, rien de tout ça. Son frère se mit à déambuler à travers les rouleaux de tissus et les patrons et à parler matière, découpage et nuances avec le drapier.

"Messire possède un goût sûr, le félicita le marchand, impressionné."

À Robin qui le dévisageait d'un air éberlué, Gilles lui fit un clin d'oeil et rétorqua :

"Je me suis toujours intéressé aux beaux vêtements, souviens-toi."

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Privé - 151 mots

Robin avait toujours été entouré, en permanence, de gens pour l'aimer et l'aduler, aussi bien des paysans que des nobles. Et Gilles, qui n'était officiellement son frère que depuis la veille, avait bien du mal à savoir où il se situait. À tel point que, quand les aristocrates des environs qui avaient accouru en ayant vent des manigances du shérif l'entrainèrent à l'écart pour qu'ils puissent discuter entre eux, le jeune homme n'osa pas les suivre. Pourtant, au dernier moment, Robin l'attrapa par le bras et l'entraina avec lui.

"Lord Locksley, c'est une réunion privée, protesta un comte en fronçant les sourcils. Vos palefreniers n'ont rien à faire dans...

-Celui-ci s'appelle Gilles et c'est mon petit frère, rétorqua Robin.

-Oh... très bien. Veuillez m'excuser."

Gilles se tourna vers lui et un immense sentiment de soulagement lui gonfla la poitrine. Il lui semblait que, maintenant, ils étaient vraiment frères pour de bon.

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Nurserie - 204 mots

Gilles était assis par terre, à même le sol de la nurserie, piquant du nez mais s'efforçant de surveiller le berceau auquel il imprimait un discret mouvement de balancier, et surtout le bébé à l'intérieur.

"Mais... qu'est-ce que tu fais ici en plein milieu de la nuit ? s'étonna soudain une voix qui s'efforçait d'être basse pour ne pas réveiller l'enfant. Tu l'as entendu crier ?

-Non, Robin... C'est juste que... Désolé, c'est complètement ridicule.

-Non, dis-moi. Je sais que tu ne serais pas là sans une bonne raison."

Robin vint s'assoir près de lui et passa sa main sur son front, puis lui fit incliner la tête en arrière pour qu'elle repose sur son épaule.

"Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il encore.

-Dans les campagnes, il faut toujours faire très attention aux bébés pour éviter qu'ils se fassent emporter par des animaux sauvages, murmura Gilles en clignant des yeux. Je suis désolé, je sais que c'est ridicule... Nous sommes dans un château, mais... je l'aime tellement Robin..."

Le comte baissa les yeux vers Geoffrey qui dormait sans un soupçon de mauvais rêve.

"Je sais, dit-il en embrassant les cheveux de son frère, et il a énormément de chance que tu sois son oncle."

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Éclat - 166 mots

Robin avait compris une fraction de secondes avant les autres que la grange allait exploser. Répondant à un instinct qui le guidait maintenant plus sûrement que tous les autres, il se retourna et emprisonna immédiatement son frère dans ses bras pour le protéger des éclats de bois. Bien lui en prit car l'un d'entre eux, de la taille d'un poignard, s'enfonça profondément dans son épaule, lui arrachant un glapissement de douleur. En l'entendant gémir, Gilles se mit aussitôt à se démener dans ses bras pour essayer de voir l'état de la blessure, mais Robin l'en empêcha. C'était la basse-cour entière qui explosait autour d'eux, répandant dans l'air comme des nuées de flèches. Malgré la douleur, l'archer s'accroupit en entrainant toujours son frère avec lui. Il se fichait de son épaule, mais il était hors de question que son frère soit blessé. La vision de Pierre titubant, une flèche mortelle dans le dos, venait de flasher dans son esprit. Non. Jamais Gilles ne subirait le même sort.

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Avant - 190 mots

Robin s'appuya contre un arbre et, l'espace d'un instant, il se prit à réfléchir... S'il avait appris l'existence de son frère lorsque Gilles était bébé, comment aurait-il réagi ? Mal, il le savait, mais il espérait que les choses auraient fini par s'arranger avec le temps. Il aurait joué avec l'enfant, l'aurait amené à la rivière pour le rafraîchir en été, lui aurait appris à marcher dans l'herbe humide de rosée. Il lui aurait donné de la bouillie de citrouilles, l'aurait amené à la foire de l'automne, il aurait pu devenir ami avec Marianne. Robin savait aussi que, en lui ouvrant son coeur, il aurait appris à aimer le bébé, à le protéger et à le consoler.

C'était les choses que Robin aurait pu faire s'il avait su avant qu'il avait un frère. Maintenant, c'était trop tard pour faire ces choses, mais il aurait encore l'occasion de lui apprendre à monter, à se battre, à se comporter en société. Et, qui sait ? Peut-être que, dans une autre vie, il aurait la chance qu'ils soient à nouveau frères et que, cette fois, toutes ces choses, il puisse les lui enseigner.